Messe de la nativité de saint Jean-Baptiste

 

Chanoine Jean-Paul Amoos, abbaye de Saint-Maurice, le 24 juin 2012
Lectures bibliques : Isaïe 49, 1-6; Actes 13, 22-26; Luc 1, 57-80 – Année B

Ils voulaient nommer l’enfant Zacharie comme son père.
Mais sa mère déclara : « Non, il s’appellera Jean. »

Mes sœurs, mes frères,

Selon la pratique traditionnelle, l’enfant aurait dû s’appeler « Zacharie » du nom de son père, mais voilà que sa mère, interrogée par ses proches, répond : «Non». «Non, il s’appellera Jean».
L’ange Gabriel lui avait donné ce nom de «Jean» pour que Zacharie pose ce nom sur son fils. Le fait que les parents donnent à leur fils ce nom révélé par Dieu indique qu’ils renoncent eux-mêmes à leur projet sur cet enfant unique ; ils le laissent libre pour Dieu.

Son nom est Jean

L’enfant porte désormais un nom qui n’est pas celui de ses ancêtres : il porte un nom nouveau ! Nom qui signifie : « Dieu fait grâce ».
Le nom, c’est ce qui exprime la personnalité d’un être. Et lorsque le Seigneur donne lui-même un nom, cela veut dire que celui qui reçoit ce nom-là est vraiment connu comme tel dans l’Esprit même de Dieu.
La naissance de Jean-Baptiste se trouve à un tournant décisif de toute l’humanité. Zacharie, son père, en est le premier témoin, lui qui, d’incrédule devient croyant et de muet, proclame les louanges et les bénédictions du Très-Haut !

Oui, « Dieu fait grâce ».
Le monde va changer, car le Messie est là ! Il a déjà sanctifié Jean dans le sein de sa mère ; la miséricorde se répand sur toute la terre, Dieu vient sauver l’homme pour le transformer en un homme nouveau.
Les textes bibliques de ce jour nous invitent à saisir quelle est l’identité profonde de Jean. Et, par-delà la figure du précurseur, nous sommes invités à saisir notre propre identité sous le regard de Dieu.
Nous l’avons entendu : la question qui résonne dans l’Evangile de Luc est posée au futur : «Que sera donc cet enfant ?» La Parole de Dieu nous ramène aux origines de Jean, et par conséquent, à nos propres origines sans oublier que notre identité réelle résulte d’une tension entre nos origines et notre avenir.

La première lecture ainsi que le psaume nous montrent d’une manière poétique que nous existons dans le cœur de Dieu avant même notre naissance.
Isaïe disait : «J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom».
Les paroles du Psaume confirment cette vision d’Isaïe : «C’est toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis.»
Ce qui est impressionnant, c’est bien la manière qu’a Dieu notre Père de nous créer, de nous donner la vie. De plus, avant même notre naissance, en nous créant dans le sein de notre mère, Dieu nous donne aussi notre vocation.
Pour Dieu créer c’est toujours appeler. Créer c’est donner un sens. Et c’est dans la découverte de cette vérité que se trouve la clef de notre bonheur. Beaucoup sont malheureux et désespérés tout simplement parce qu’ils ne savent pas d’où ils viennent ni où ils vont. Ils se sentent inutiles parce qu’ils n’ont pas découvert leur vocation, ni le plan de Dieu pour eux.

Ignorer la paternité de Dieu à notre égard, c’est ignorer notre identité la plus profonde: nous sommes en effet des créatures bien-aimées du Père. Nous avons du prix à ses yeux. Tellement de prix que cette histoire d’amour éternel a abouti au scandale de la croix…
Ignorer Dieu, c’est prendre le risque de ne pas voir quelle est notre mission unique et irremplaçable dans notre monde et pour notre temps, c’est peut-être passer à côté de notre véritable vocation…
Jean reçoit son identité et son nom de Dieu lui-même.
Si Dieu nous crée, si Dieu nous donne une famille, jamais il ne nous enferme dans les limites de notre famille, car il nous crée libres. Les parents ne sont pas créateurs. Ce sont des transmetteurs de la vie.
Notre identité réelle résulte d’une tension entre nos origines et notre avenir.

Aujourd’hui si nous parlons beaucoup, et avec raison, des nombreux conditionnements qui façonnent notre personnalité: les gènes, la famille, l’éducation, le milieu social etc… Il ne faudrait pas oublier notre liberté profonde, celle qui nous vient de notre condition d’enfants de Dieu.
Si la famille et les voisins de Jean ont voulu l’enfermer dans le passé familial en oubliant sa nouveauté dans le plan de Dieu, plus tard Jean devra aussi s’affirmer pour vivre selon son identité profonde.

Comme Jean, nous puisons en Dieu et en son appel notre liberté authentique. De ce point de vue là, il est toujours plus libérateur de faire la volonté de Dieu que de se conformer aux attentes des hommes. C’est en effet uniquement dans la vérité de notre condition de créatures et d’enfants de Dieu que nous découvrirons avec émerveillement notre identité profonde ainsi que le sens de notre chemin de vie ici-bas.           
Amen

 

 

 

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