Messe télévisée du 26ème dimanche ordinaire

 

Mgr Bernard Genoud, aux Colombettes, Vuadens, FR, le 30 septembre 2001
Lectures bibliques : 1 Timothée 6, 11-16; Matthieu 5, 3-12

Chers amis de l’Association Joseph Bovet
Chers frères et sœurs, qui grâce à la télévision célébrez avec nous cette eucharistie de la reconnaissance,

Quel évangile que celui que nous venons de lire : heureux les pauvres, heureux ceux qui pleurent, heureux les assoiffés de justice et les cœurs purs …heureux, bienheureux, le bonheur pour tous ! Et c’est Dieu qui parle !

Mais il est difficile de parler de bonheur quand nous sommes choqués par les tragédies de New York, Toulouse et Zoug. Pourtant c’est vrai, Dieu veut notre bonheur, et il le veut dès ici-bas, mais pas seulement pour ici-bas : Il le veut pour toujours; et c’est pourquoi il a déposé en nos cœurs, dès la création, cet immense désir d’un bonheur si absolu, afin qu’il nous soit bien évident que Lui seul est capable de nous combler !

Mais alors l’Abbé Bovet s’est trompé ?
« L’instant du bonheur
est une humble fleur
qui meurt, qui meurt, qui meurt… »

Eh bien non , parce que ce prêtre, ce grand croyant savait bien tout cela, et c’est pourquoi il ajoute aussitôt :

« Ah l’on voudrait qu’Il demeure toujours ! »

Quel enseignement dans une simple chanson qui humblement, discrètement, mais directement rejoint ainsi tout l’Évangile de Jésus-Christ ! On voudrait un bonheur qui demeure toujours !

Oui puisque c’est Dieu lui-même qui nous a chevillé cet incoercible désir au cœur, et c’est encore lui qui nous offre les poètes et les artistes qui ont mission de nous rappeler sans cesse ce vœu de bonheur, et qui en attisent le désir en nous, et qui nous invitent, à chaque mélodie, au voyage vers le fond de notre cœur, à cette fine pointe de nous-mêmes d’où nous jaillissons des mains du Créateur comme un vœu d’y retourner…

Oui, Dieu nous a donné l’art, parce que tout homme a besoin de délectations, et celui qui n’en a pas de spirituelles passe bien vite aux charnelles, nous dit saint Thomas d’Aquin… Et la musique est l’art le plus spirituel, et le chant est l’art le plus humain du fait que la voix signe la supériorité de l’homme sur l’animal, parce qu’elle est marquée au sceau de l’intelligence.

Il était donc bien normal que dans les Écritures, Dieu lui-même donne des ordres en ce sens, et les fastueuses liturgies du Temple de Jérusalem étaient rythmées par les trompettes, les cymbales et les tambourins, les flûtes les cithares, et des centaines de choristes!

Oui la musique est bien l’art le plus spirituel, celui qui ne laisse après lui pas un atome de matière; il est donc aussi l’art qui nous rapproche le plus de notre Dieu, qui est pur Esprit ! C’est vrai : quand vous aurez fini de chanter cette messe, il n’en restera rien dans cette superbe cathédrale de la montagne qui nous rassemble aujourd’hui, mais c’est en vous que la musique laissera comme une tracée de lumière, une immense joie au cœur, en même temps qu’une espèce de nostalgie d’un trop court instant d’une surprenante et exaltante harmonie …

Vous le savez : le parfum d’une rose a le pouvoir de vous dilater les narines …. Ainsi en est-il de l’art, et de la musique en particulier : elle vous dilate l’âme, mais c’est la dilatation de la montgolfière: une dilatation pour s’envoler. Dans la joie que la beauté provoque en vous, vous êtes montés très haut et vous avez touché à l’horizon d’un monde insoup-çonné où vous avez goûté à la paix inconnue d’un paradis comme entrevu… d’où le regret par la suite d’avoir à en redescendre et ce brûlant désir d’y pouvoir retourner.

Il était donc bien normal aussi que l’Église, dans sa fidélité à son Seigneur et dès ses origines, demande aux artistes, et particulièrement aux musiciens, de composer les parfums de grand prix qu’elle répandra, jusqu’à la fin des temps, comme Marie-Madeleine, sur la tête et les pieds de son Maître.

Voilà pourquoi nous célébrons aujourd’hui l’un des plus beaux cadeaux de Dieu : ce fidèle et admirable prêtre-musicien de chez nous. Parce que profondément, c’est d’abord à un appel venu d’en haut que l’Abbé Bovet a si merveilleusement répondu. Et il mérite bien cette journée de la reconnaissance, parce que toute sa vie il a travaillé pour que nous puissions nous aussi chanter nos joies et nos peines; mais bien davantage encore il a oeuvré pour nous offrir de célébrer notre Dieu sur de la beauté. Par sa musique religieuse le chanoine Bovet ciselait avec amour un précieux écrin pour y déposer la Parole de Dieu… Parce que, finalement, la musique sacrée c’est le mystère de Noël qui continue, c’est Dieu qui descend se reposer dans la crèche des choses humaines.

Oui, ce prêtre exceptionnellement doué, par sa musique religieuse, tissait pour la Parole de Dieu un vêtement de splendeur… non pas que la Parole de Dieu ait un quelconque besoin d’être embellie, mais pour la rendre plus accessible à nos pauvres cœurs humains. Et Il l’a si bien fait qu’il a découvert, j’en suis sûr, il y a 50 ans, une béatitude nouvelle et insoupçonnée, celle même qui est réservée à tous les chanteurs du bon Dieu: « Moi la Parole de Dieu, Moi le Fils même de Dieu j’étais nu, et tu m’as revêtu de musicale lumière… Entre dans la joie de ton Maître ! »

C’est en ce sens qu’il existe un art religieux, une musique sacrée… et c’est comme telle qu’il nous faut l’écouter, l’aimer, la cultiver, la chanter et la prier encore. Alors, avec la foi, l’art, la vie, la prière et la joie ne feront plus qu’un… Et c’est ce bonheur-là déjà que je vous souhaite à tous et à toutes dès aujourd’hui et pour toujours.

Amen!

 

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