Messe de Minuit 2002

transmise en Eurovision de Saignelégier par la Télévision Suisse Romande

 

Abbé Bernard Miserez, à l’église de Saignelégier, le 24 décembre 2002.

Lectures bibliques : Isaïe 9, 1-6; Luc 2, 1-14

C’est le cri d’un nouveau-né, frères et sœurs, qui nous fait tenir debout en plein cœur de la nuit. Comme des veilleurs qui attendent l’accomplissement d’une promesse… Et voilà que surgit l’inattendu aux abords d’une bourgade de Judée. Loin des grands passages, des officialités et des réjouissances. La lumière va naître de la terre: « Un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». Pas d’autre signe, sinon le silence et l’humilité de ceux qui accueillent cet Enfant.
Dieu, l’Inaccessible, le Tout-puissant, se fait l’un de nous.

La nouvelle de cette naissance crée une immense espérance. Si Dieu est avec nous, puisque tel est son Nom, notre humanité devient le lieu de notre rencontre avec Lui. S’il est vrai que Dieu s’est fait homme, aucune et aucun d’entre nous n’est réduit à lui-même. Il y aura toujours, au fond de nous, un enfant à naître, un avenir possible.

Bethléem, en ces jours-là, n’a plus de place pour accueillir Marie et Joseph. Tout est rempli de suffisances et de privilèges. Reste l’étable, là-bas, vide et perdue, dans les replis de notre histoire. Semblable à ces lieux de pauvreté que je porte en moi et que je feins d’ignorer à cause de la blessure, de l’échec, du désespoir et du malheur. Pourtant, frères et sœurs, c’est là encore que Dieu choisit de naître. Ne sommes-nous pas venus au monde pour naître d’un Amour qui se donne et se reçoit? Ce Dieu imprévisible, à visage humain, n’a pas d’autre dessein que de nous espérer. C’est la part enténébrée et souvent refoulée de nos vies qui est le lieu de Sa naissance.

Noël nous propose de re-naître, cette nuit. Renaître à notre humanité, parce qu’en elle Dieu a déployé sa liberté pour aimer jusqu’au bout. Nous apprenons de l’Evangile que l’humanité de Dieu contient tout ce que nous avons de grand, de beau, de vrai en assumant, dans le mystère de l’amour, ce qui nous détruit et nous défigure encore. Noël, c’est aussi cet admirable échange de Dieu qui se fait homme pour que l’homme devienne Dieu comme l’affirmait déjà Grégoire de Naziance au IVème siècle.

Dieu ne cesse de croire en l’Homme parce que l’humanité de Jésus a révélé pleinement son Visage de Père.

C’en est donc fini de ce Dieu inventé par nos rêves, coloré par nos idées de puissance, de justice étriquée, logé dans un ciel aux allures d’un club de bien-pensants. Non, frères et sœurs, la fragilité de l’Enfant de Bethléem dessine les traits d’un Dieu vulnérable, humble, pauvre, entièrement donné et remis dans nos mains. D’ailleurs, les bergers de Bethléem ne nous entraînent-ils pas dans leur joie à porter notre regard ébloui sur la faiblesse pour y découvrir la grandeur ? Ils nous provoquent, n’est-ce pas, à nous lever ,nous aussi, pour raconter au monde ce que nous sommes en train de découvrir, un Dieu à hauteur d’homme qui s’en remet à notre liberté. Ainsi, tout devient possible. Cette paix que nous désirons depuis si longtemps entre nous, cette solitude, cette maladie qui gangrènent les énergies de mon existence, ce chômage qui menace jusqu’à mon identité et que je porte comme une honte, et puis, ce poids du quotidien écrasant parfois mon goût de vivre… toutes ces impasses ne sont pas sans espérance.

Si la joie, cette nuit, déborde de toutes parts, c’est justement en raison de l’espérance que soulève cette fête. C’est vrai, il nous arrive parfois de ne plus croire en l’Homme, lorsque la violence obstinée se déchaîne, sous toutes ses formes, à museler et à détruire des enfants, des femmes et des hommes. Il reste cependant que Dieu s’offre comme un frère désormais pour la route, solidaire de chacune et de chacun au prix démesuré de sa vie. Il reste, au creux du désespoir, un enfant à faire naître au fond de nous-mêmes. Mais, pour comprendre la logique étonnante de ce Dieu-là, encore faut-il se recevoir de lui ,tels que nous sommes, en marche, encore faut-il croire assez en nous-mêmes pour oser reconnaître l’humilité de sa présence, comme à l’étable de Bethléem.

Le Verbe s’est fait chair. Il est apparu là où nous ne l’attendions pas. Il nous est donné sans réserve et sans conditions comme si nous avions à en prendre soin car l’Homme est l’espérance de Dieu.
Amen
 

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