Messe de la solennité de saint Nicolas de Flüe


Abbé Joël Pralong, église St-François de Sales, Salins, VS, le 25 septembre 2011
Lectures bibliques : Sagesse 7, 27 – 8, 9; Romains 14, 17-19; Matthieu 19, 27-29 – Année A

« Tout quitter… tout lâcher… »
Voilà une parole qui fait peur, qui donne le vertige.
Ils sont pourtant nombreux parmi nous à avoir dû, volontairement ou involontairement,  tout quitter : un travail, une activité plaisante, leur santé, un corps agile, leurs rêves d’enfant, des projets, des idéaux…
Certains ont dû lâcher brutalement un frère, une sœur, un époux, une épouse, une mère, un père, un enfant, une partie d’eux-mêmes si chère à leur cœur, emporté par la mort.

  D’autres enfin ont volontairement tout quitté pour répondre à une vocation spécifique de religieux, missionnaire, d’engagement dans le Tiers-Monde, etc.
Plus subtilement encore, la Parole nous invite à quitter, à rompre toutes entraves qui nous empêchent d’être libres afin de répondre pleinement à notre vocation d’homme et de femme…

Je fais allusion à toutes formes de relations qui dominent et étouffent l’autre, ces relations de fusion, de dépendance, de jalousie et de servitude entre un époux et une épouse, entre frères et sœurs, entre amis et collègues de travail… Ce sont ces relations fausses qu’il faut quitter pour rendre libre et être libre… Et cela exige toujours un renoncement à son ego, bien souvent douloureux… Mais avec la force que le Christ nous communique !

Quitter, rompre, nous conduit toujours vers un mieux, vers un « plus ».
A chaque lâcher-prise, à chaque rupture se rattache une bonne nouvelle…  Un plus de vie…  Même si cela n’est pas perceptible tout de suite… Jésus nous le dit : tout homme qui aura quitté « à cause de mon nom », non pas en pure perte, mais dans la puissance de son nom, en se rattachant à lui comme à une locomotive, alors… il recevra « beaucoup plus » et c’est maintenant déjà. Au départ, cet homme-là ne sait pas où il va, mais il y va avec Jésus, et avec Jésus, c’est toujours pour une folle aventure !
Toute rupture, volontaire ou involontaire, toute blessure du coeur, peut être l’occasion de choisir  le Christ, de s’attacher à lui, de trouver en lui paix, réconfort, guérison peut-être, mais surtout la force d’offrir pour ne pas subir, offrir ce qui nous écrase, ce qui nous fait parfois tant souffrir… Alors, même la souffrance, la fragilité deviennent mission…, ce qui faisait dire à saint Paul : « Je peux tout en Celui qui me rend fort… », qui fait écho à la parole : «  à cause du Christ… » Sinon on se laisse écraser… Lors d’une visite à l’hôpital cette semaine, c’est ce que me déclarait une personne atteinte d’un grave traumatisme physique : « Offrir…offrir…Dans le Christ… Ce n’est pas peu dire… Car il n’y que l’offrande qui me fait avancer, même si ce n’est pas juste, même si je ne comprends pas ce qui m’arrive… »

C’est dans cet esprit que s’inscrit la vocation de saint Nicolas de Flüe même si cet appel ô combien singulier adressé à un père de famille, nous déroute… Laissons Dieu être Dieu…  Lui seul connaît les tenants et les aboutissements de toutes choses…
Si nous restons fixés sur le « tout quitter » du père de famille, nous ne percevons pas le « beaucoup plus » reçu.
Sa réponse généreuse portera des fruits au niveau national, elle s’inscrit dans notre histoire suisse, dépassant largement l’ermite Nicolas. Qui l’aurait cru au départ ? Continuellement déchiré entre l’appel à la solitude et ses nombreux devoirs de citoyen, de magistrat, d’époux et de père de famille, c’est librement qu’il dit oui  à l’appel de Dieu. A la suite d’un long temps de réflexion, avec l’accord de sa femme Dorothée, il décide de tout quitter afin de se consacrer à la prière pour son pays. Tous deux répondent généreusement à l’appel, même si la séparation, on s’en doute, est douloureuse… à la manière d’un champ qui doit être déchiré pour être ensemencé. Et la semence a germé, le sillon a tracé une mission au moment où les Cantons ville et campagne sont sur le point de se déchirer sur des questions de richesses, de butin accumulé lors des guerres de Bourgogne, de pouvoir, de privilèges… Nous sommes en 1481, la guerre civile menace. Nicolas, pénétré de sagesse toute divine, trouve les paroles qui apaisent et réconcilient. La grâce divine passe par ses paroles. Son discours touche les Confédérés en plein cœur. Nicolas pointe le doigt sur la vraie cause des divisions : l’attachement aux richesses et au pouvoir. Il faut savoir s’en libérer,  quitter  ce qui à la longue, pourrit les relations. Le détachement conduit finalement à la paix et l’unité.            

Nous ne connaissons pas les termes exacts du message qui réconcilia les Confédérés, mais nous pouvons en saisir l’esprit par d’autres conseils qu’il donnait aux magistrats venant le consulter : « Confédérés, gardez-vous de la désunion ; bannissez tout esprit de parti; c’est la perte d’un Etat. Méfiez-vous de la cupidité, et ne vous laissez pas aveugler par l’or étranger. » Mais comment quitter  l’esprit de domination et d’attachement aux choses si ce n’est en s’enfonçant profondément dans le Nom du Christ, en se fixant solidement à son Nom comme l’alpiniste se visse dans la paroi rocheuse d’un haut sommet…   Même notre Constitution fédérale en porte la trace puisque ses premiers mots commencent par : « AU NOM DU DIEU TOUT-PUISSANT, AMEN… », Parole forte qui nous attache aux valeurs humaines et spirituelles et nous détache de l’or étranger… Notre pays, hier comme aujourd’hui, a rudement besoin des conseils de Nicolas et de la grâce divine qui les accompagne… en cette période d’élections.

Bibliographie de Joël Pralong :

–       Combattre ses pensées négatives, Editions Béatitudes, 2011
–       Angoisse dépression culpabilité, Editions Béatitudes, 2011
–       Dieu dans mes bagages, Edtions à la carte, 2010
–       Le pouvoir des mains vides, Jérémie, le curé d’Ars, le prêtre, Edtions St-Augustin,  2009
–       Apprivoiser son caractère, Editions Béatitudes, 2009
–       De la faiblesse à la force, Editions Béatitudes, 2008

 

 

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