Messe de la Sainte Trinité

 

Chanoine Alexandre Ineichen, abbaye de Saint-Maurice, le 3 juin 2012
Lectures bibliques : Deutéronome 4, 32-40; Romains 8, 14-17; Matthieu 28, 16-20 – Année B


Déjà par deux fois nous avons invoqué la sainte Trinité pour ouvrir cette célébration. En effet, toutes nos célébrations, tous les sacrements ainsi que notre prière personnelle se font au nom du Dieu unique, trois fois saint. C’est le cœur de notre foi, mystère que nous n’avons jamais fini de contempler. Aussi implorons, chers frères et sœurs, chers auditeurs, cette Trintié bienheureuse pour entrer encore une fois dans ce don d’amour du Père pour son Fils dans l’Esprit. Préparons-nous à participer à cette vie divine que le Dieu unique nous partage malgré nos péchés, malgré que nous soyons bien loin de cet amour trinitaire.

 

Lors d’un procès, aujourd’hui encore, après le réquisitoire du procureur et la plaidoirie de l’avocat de la défense, la parole est donnée à l’accusé. Devant ses juges, soit l’inculpé exprime ses regrets ou clame son innocence, soit il justifie son acte. Il en était de même à l’époque romaine. Lorsque les premiers chrétiens étaient amenés devant le préfet pour y être condamnés, ils répondaient, non de leurs actes, mais de leur foi. Et nous avons, chers frères et sœurs, chers auditeurs, les actes même de ces procès. La confession de foi devant les juges de ces premiers chrétiens a traversé les âges pour nous faire entendre les paroles mêmes de ceux qui allaient mourir comme témoin du Christ. Lorsque nous relisons ces actes, appelés justement actes des martyrs, les premières confessions de foi nous sont exposées. Nous Comprennnons alors mieux pourquoi et pour quelle foi, ces premiers témoins de Jésus-Christ étaient prêts à mourir à la suite de leur Seigneur et leur Dieu.

A la question des juges : quelle est votre croyance ? Ils répondaient tous qu’ils croyaient en un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre, et en un seul Seigneur, Jésus-Christ, qui descendit du ciel, pour nous les hommes et pour notre salut. Ainsi est exposé la foi chrétienne : un seul Dieu, Père, Fils et Esprit.

D’abord, Dieu est Père, créateur de l’univers visible et invisible. Il est donc artisan, dès le commencement de toute la création. Rien de ce qui est n’est sans lui et tout dépend de ce Dieu unique. Cette certitude est assez banale, vous en conviendrez. Pourtant, si nous y réflechissons un peu et l’examinons de plus près, cette conviction implique que tout ce que nous sommes, tout ce que nous faisons est lié intimement à ce Dieu tout-puissant. Combien est grand ce Dieu qui créa tout l’univers, de l’infinement petit à l’infiniment grand. Combien notre intelligence est subjuguée par cette connaissance obscure d’un Dieu au-delà de tout et qui est la source de tout. Devant tant de majesté, nous pouvons reprendre bien maldroitement les paroles du Psalmiste : «  Le Seigneur a fait les cieux par sa parole, l’univers, par le souffle de sa bouche. Il parla, et ce qu’il dit, exista ; il commanda, et ce qu’il dit survient. »

Cependant, par cette gloire si imposante, nous nous sentons écrasés, incapables de répondre à cet amour tout-puissant de Dieu, Père. Aussi, annoncé par les prophètes, Dieu, le Fils, s’est incarné, c’est-à-dire a participé à notre nature créée. Lui, le Créateur n’a pas dédaigné sa créature, au contraire, il l’a assumée, jusqu’à la mort, et la mort sur une croix. Jésus-Christ, Fils de Dieu, a manifesté à toute l’humanité que Dieu n’est pas seulement tout-puissant, mais aussi tout amour et misericorde. Dieu sait que nous sommes fragiles, non seulement parce qu’il nous a créés, mais parce qu’il nous recrée dans le Fils bien-aimé.

Après cette double confession, tous les martyrs s’arrêtent comme s’ils ne savaient pas que Dieu est aussi Esprit. Ils se taisent avant d’avoir terminé l’exposé de leur croyance comme si la suite, c’est-à-dire leur martyr, suffisait à donner à leur confession sa plénitude. En effet, ils savent ces martyrs, ces témoins du Christ, que si le Christ est en eux, leur corps, il est vrai, est voué à la mort à cause du péché, mais l’Esprit est leur vie à cause de la justice. Et en continuant la citation de la lettre aux Romaines de saint Paul, nous comprennons mieux ce silence et nous pouvons nous approprier l’exhortation de l’Apôtre. « Et si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous. » Alors Dieu, Esprit, nous associe, non seulement à l’œuvre du Père, créateur de toutes choses, mais à l’œuvre du Fils, qui par sa mort et sa réssurection, nous ouvre les chemins de son royaume. Laissons-nous comme les martyrs conduire par l’Esprit de Dieu, pour devenir fils de Dieu. Cet Esprit que nous avons reçu ne fait pas de nous des esclaves, des gens qui ont encore peur mais des fils, qui pouvons prier Dieu, en l’appelant : « Abba ! » c’est-à-dire Père.

Ainsi la Trinité n’est-elle pas un concept théologique pour essayer d’expliquer un mystère lointain qu’un esprit tourmenté se voudrait de comprendre, mais une foi vivante en un Dieu unique, qui n’est pas seulement tout-puissant, mais aussi plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes et qui se manifeste ici et maintenant dans nos vies de baptisés. Les martyrs l’ont confessée devant leurs juges qui allaient les condamner à mort. C’est au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit que nous avons été baptisés car nous croyons à ce Dieu trois fois saint. Notre confession ne n’avons pas à l’exposer comme aux temps anciens à des juges iniques, mais nous avons à la vivre maintenant au jour le jour. Alors poursuivons l’œuvre de Jésus, à qui a été donné tout pouvoir au ciel et sur la terre  et, par toutes les nations, baptisons-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

 

 

 

 

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