Célébration oecuménique à l’occasion de la Schubertiade

Célébrants : Yvan Bourquin, pasteur de l’église réformée de Porrentruy, Theo Gerber, pasteur de la communauté mennonite d’Ajoie et Pierre Girardin, curé de Porrentruy, église St-Pierre, Porrentruy, le 4 septembre 2011

Homélie 1ère partie – Matthieu 5, 3, Yvan Bourquin :

Nous vous proposons ce matin 3 notes qui feront écho au Sermon sur la montagne où Jésus, nouveau Moïse, offre au monde un salut inattendu. 3 notes à la tonalité particulière qui donneront un accord aux surprenantes harmoniques. Première note : « heureux ». Ce bonheur consiste à posséder la seule chose nécessaire, un cœur simple, pur, pacifique, miséricordieux, capable de révolte contre l’injustice, incapable de peur en face du martyre. Qu’on ne s’y trompe pas ! Comme le constate un ancien interprète : « Ainsi les béatitudes commencent par les larmes et sont scellées dans le sang. » Ce n’est pas l’ouverture d’une idylle, c’est le prélude d’un drame ou d’un combat aussi dès le début, les ondes musicales des Béatitudes vibrent dans l’atmosphère spirituelle de l’humanité en recourant à une large palette sonore : des tonalités les plus austères au cristal le plus pur.

Nous avons tout intérêt, pour la clarté même de nos propos, de définir les mots que nous utilisons. Le bonheur fait partie de ces concepts qui connaissent un regain d’intérêt, d’ailleurs le bonheur, presque par définition, intéresse tous les hommes. Mais toute la sagesse du monde se réduit à quelques mots d’ordre d’une affligeante  banalité : chacun doit chercher ce pour quoi il se sent fait – tout être est amené à tendre vers son propre bien -, la vie nous offre des possibilités, à nous de les gérer, voire de les créer. En conséquence, le sage ne désire plus que le réel dont il fait partie et ce désir est toujours satisfait parce que le réel ne fait jamais défaut.

Heureux celui qui ne désire que ce qu’il sait, que ce qu’il peut, ou que ce dont il jouit. Pour paraphraser Nietzsche, c’est faire d’une chèvre attachée à un piquet l’idéal de la sagesse et du bonheur. C’est réduire la condition humaine à ses proportions inférieures, à une sorte de bonheur passif.
Les Béatitudes révèlent une réalité habituellement inconnue ou inattendue, exigeant une décision. Se mettre à la suite du Christ, c’est se mettre dans les seules conditions efficaces pour réaliser sa vocation véritable.
Quels sont ceux qui ont les dispositions nécessaires pour entrer dans cette réalité que Jésus a inaugurée et instaurée, sinon ceux qui ont appris à se détacher de ce qui est pour aspirer à ce qui doit être ?

Adolphe Monod, le grand prédicateur, m’offre une conclusion : « Ce n’est pas par son côté le plus glorieux, c’est pas ses côtés les plus sombres que je veux vous faire désirer la vie chrétienne. Je veux vous faire voir que les traits même qui vous répugnent le plus dans cette vie renferment sous des apparences qui vous trompent des charmes secrets, afin que vous connaissiez que comme « la folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes, et la faiblesse de Dieu plus forte que la force des hommes », l’amertume de la vie qu’il communique à ses enfants est aussi plus douce que toutes les douceurs de la vie du monde. »

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2ème partie, Pierre Girardin :

Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés !
Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, ils seront rassasiés

Sur la route des vacances, avec un beau ciel bleu et en bonne compagnie, il nous vient spontanément de l’esprit aux lèvres des chansons de joie, des airs entraînants et cette musique extraordinaire qui exprime l’allégresse. Mais sur le chemin du cimetière ? ou en sortant d’une salle d’audience du tribunal ? ou en entrant à l’hôpital ? ou encore en regardant les images insoutenables du massacre de Norvège, et celles des enfants de Somalie qui meurent de faim… ?

Nous savons bien que les plus belles œuvres des plus grands musiciens sont des «Requiem», des «de profundis» ou des «Stabat Mater». Dans l’expression musicale, ils ont trouvés leurs maîtres, ceux qui pleurent – et ils sont nombreux, quelquefois nous sommes des leurs ! ils se sont sentis rejoints ceux qui sont assoiffés de justice, lorsque la révolte bout dans leur cœur. «Heureux ceux qui pleurent; heureux ceux qui ont faim et soif de justice».

Le Dieu auquel nous croyons, Jésus-Christ, Dieu fait homme, est venu rejoindre ces cœurs brisés et assoiffés de justice. Dans son existence d’homme, Jésus a pleuré, et il a souffert. Il nous annonce que les pleurs et les souffrances font partie intégrante de notre nature humaine. Bien sûr qu’il importe de chercher à rendre la vie belle et douce et gaie… mais Jésus nous apprend surtout à assumer la souffrance et les pleurs de la vie, les assumer parce qu’ils sont incontournables sur notre chemin d’être humain. Ils font le chemin difficile, mais, après coup, nous nous rendons compte qu’ils sont le passage qui conduit à la vraie vie. C’est pourquoi heureux sont-ils ! Heureux sommes-nous de pouvoir assumer cette souffrance humaine, et à travers elle, cheminer vers la vie ! Pour nous accompagner sur ce chemin, nous avons la chance de pouvoir accueillir la musique des artistes : ils ont vécu eux-mêmes un chemin de pleurs. Ils ont ainsi pu trouver l’enchaînement des notes qui les expriment. Pour cela, aujourd’hui, ils nous soutiennent sur notre chemin de vie.

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3ème partie, Theo Gerber :

La 3e note de l’accord que nous souhaitons faire vibrer en vous ce matin est une note pleine de sérénité et d’harmonie.

Heureux les artisans de paix, dit Jésus : ils seront appelés fils de Dieu. (Mt 5. 9, Bible de la lit.)
Dans notre « village global » où l’information nous révèle à l’instant les moindres soubresauts de la planète, dans notre monde qui s’entredéchire, ils sont nombreux, ceux qui souhaitent la paix.
Pourtant, entre parler de paix et être véritablement artisan de paix, un long chemin reste à parcourir. Souvent, et en raison des intérêts en jeu, les actes concrets visant à désamorcer des conflits nous apparaissent bien timides.

Quelle paix sommes-nous prêts à accueillir? Pour quelle paix sommes-nous prêts à nous engager?
La paix synonyme de silence que nous imposons aux autres en leur lançant “Laisse-moi tranquille, fiche-moi la paix!”?
Ou peut-être la paix en tant qu’absence de remords ou de culpabilité, celle que nous autoproclamons en affirmant “J’ai la conscience en paix!” ?
A moins que nous ne recherchions cette paix qui prend le visage de l’amour mal compris : « Surtout pas de conflits, pensons-nous. Balayons nos désaccords sous le tapis de l’oubli. »
Les événements récents nous démontrent que la “paix à tout prix” débouche bien souvent sur une stabilité précaire, laissant derrière elle le sentiment d’une justice pour le moins superficielle.

On le voit : le mot « paix » peut être perçu de diverses manières. Cependant, la paix à laquelle nous sommes appelés n’est ni la paix « confort », ni paix du type « Je m’en lave les mains », ni celle qui veut faire l’économie du dialogue.
Dans cette béatitude, Jésus souhaite nous motiver pour une paix qui dépasse la satisfaction de notre égoïsme. Il nous invite à tout mettre en oeuvre pour rétablir l’entente avec notre prochain.
L’absence de guerre, de conflit n’est pas encore la paix. La paix n’est véritablement paix que si elle s’établit sur la justice. (Es. 9.6 / 32. 17)
Nous savons combien fragile est l’équilibre entre paix et conflit et combien nous risquons à tout moment d’être aspirés par la spirale de la violence. La paix est toujours passagère, toujours précaire. Il faut donc y travailler sans relâche, la construire par l’écoute patiente, le dialogue ouvert et notre engagement fidèle à la suite du Christ afin de retrouver l’harmonie de ce qui, tout près de nous déjà, est divisé et déchiré.

Une version de la Bible (Chouraqui) utilise l’expression « En marche » pour traduire « Bienheureux ». En marche les faiseurs de paix! En marche ! chers amis pour une paix juste, digne des « enfants de Dieu ».
Que nos paroles, nos regards et nos actes traduisent toujours davantage cette volonté de bâtir et d’entretenir avec notre prochain des relations justes, équitables, en harmonie, « en accord » avec Celui qui est notre paix. (Eph. 2. 14)

 

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