Messe du dimanche de Pâques

 

Père Jean-Marie Petitclerc, salésien , à la basilique du Sacré-Coeur, Paray-le-Monial, le 8 avril 2007
Lectures bibliques :
Actes 10, 34-43; Colossiens 3, 1-4; Jean 20, 1-9 – Année C

Il n’y a plus rien à faire… Son ami est mort. Elle l’a vu agoniser sur une croix, elle l’a enseveli dans le tombeau. Mais le plus difficile à vivre, c’est peut-être le lendemain, lorsque le poids de l’absence se fait si lourd à porter…
Il n’y a plus rien à faire… si ce n’est peut-être aller une dernière fois encore se recueillir devant le tombeau pour se replonger dans la nostalgie des souvenirs. Marie-Madeleine se met en route au petit matin.

Il n’y a plus rien à faire… Combien de fois ai-je, pour ma part entendu, cette parole dans des parloirs de prisons, où des jeunes, sachant qu’à leur sortie ils se retrouveront à la rue, ne voient guère comment ils pourraient s’empêcher de céder à l’attrait d’un nouveau délit ! Combien de fois l’ai-je entendu dans des cages d’escalier d’HLM, lorsque des adolescents se sentent pris dans l’engrenage inexorable de la drogue ! Et combien de fois l’ai-je entendu dans la bouche même des parents de ces jeunes !
Il n’y a rien à faire… Des milliers d’innocents meurent là-bas au Darfour, dans les rues et sur les places de Bagdad, ou bien dans des embarcations de fortune pour rejoindre nos côtes.

Il n’y a rien à faire… disons-nous, chaque fois que nous nous sentons pris dans l’engrenage des démissions et du laisser-aller, de l’injustice et de l’argent, des habitudes et des slogans faciles… Il nous arrive si facilement de baisser les bras, tant il paraît parfois surhumain de briser ces engrenages, pour faire reculer les limites du possible.

Mais voici que ce matin, la pierre a été ôtée du tombeau… une brèche s’est ouverte… désormais, rien ne sera plus comme avant.
Pour Marie-Madeleine, c’est d’abord la « panique à bord ». Jésus était mort, mais n’était-ce pas rassurant quelque part de savoir où reposait son corps ? Voici qu’il n’y a même plus de lieu pour se recueillir. « On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis ! » Il n’y a plus qu’un grand vide… et c’est la faute à « on » !

Combien de fois, à l’image de Marie-Madeleine, qui, peut-être, souhaitait inconsciemment que l’on remette Jésus au tombeau, afin que tout puisse rentrer dans l’ordre, sommes-nous tentés de préférer un « Jésus dogme »  – un « Jésus formule » – un « Jésus cadavre » – à un Jésus vivant, mais toujours ailleurs, toujours prêt à surprendre.

Pierre et Jean veulent en avoir le cœur net. Ils mettent alors l’énergie du désespoir dans une course éperdue vers le tombeau. Ils entrent, ils virent et ils crurent. Que virent-ils ? Rien, un grand vide… Mais le tombeau vide, c’est de nouveau Jésus possible. Son absence devient le signe même de sa présence.

Et voici alors que, dans le joyeux matin de Pâques, la nouvelle est bientôt sur toutes les lèvres. Celui que l’on croyait mort est vivant. Il est ressuscité, il nous précède sur les routes du monde et nous appelle sans cesse au-delà de nos peurs.
C’est lui qui nous pousse à nous mettre debout, au lieu de ramper, à nous rassembler au lieu de nous murer dans nos solitudes, à nous mettre en marche au lieu de renoncer. C’est lui qui habite l’espérance et qui habite l’amour, qui habite tout ce qui dépasse l’homme et l’invite, comme le dit saint Paul, à « tendre vers les réalités d’en haut ».

Christ est ressuscité. Nous ne disons pas qu’il a été ressuscité, un peu comme nous disons qu’il a été enseveli. La résurrection ne peut se parler qu’au présent. Proclamer « Christ est ressuscité », ce n’est pas faire un constat sur le passé, c’est prendre un engagement dans le présent.

Croire en la Résurrection, c’est accepter de toujours recommencer, et de façon toujours nouvelle, sans céder à la tentation du découragement. C’est croire que l’avenir est ouvert, en refusant, surtout lorsque les temps sont difficiles, de devenir nostalgiques du passé. C’est s’engager sur des chemins nouveaux, en devenant créateurs de relations nouvelles…

Il ne s’agit pas de disserter sur la Résurrection, mais d’en vivre. Car on ne prouve pas la Résurrection, on ne peut qu’en témoigner.

Oui, aujourd’hui, Christ ressuscité a besoin de tes lèvres pour continuer à proclamer sa Bonne Nouvelle. Il a besoin de tes yeux, pour poser son regard d’amour sur ses frères. Il a besoin de tes oreilles, pour entendre la clameur des petits et des pauvres. Il a besoin de tes mains pour construire un monde de justice et de paix. Il a besoin de ton cœur, pour réchauffer le monde.

À deux pas d’ici, il y a un geste à poser que nul ne fera à ta place ! Il y a une parole à dire que personne ne prononcera à ta place !

Les Apôtres ont vu le tombeau vide, ils ont mangé et bu avec Jésus et sont alors devenus les témoins de la résurrection.

À nous aussi, voici qu’il nous est donné par l’eucharistie de partager avec lui le repas de l’amour. À chacun de nous de devenir dans notre vie quotidienne ses témoins. Oui, nous le proclamons aujourd’hui : « Christ est ressuscité ! » « L’amour a vaincu la mort ! »

Bonne fête de Pâques à chacune et chacun d’entre vous !

 

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