Messe du 3e dimanche de Pâques

 

Abbé Jean-Marie Pasquier, à l’église Saint-Jean, Echallens, VD, le 22 avril 2007
Lectures bibliques :
Actes 5, 27-41; Apocalypse 5, 11-14; Jean 21, 1-19 – Année C

 


« Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? »
Vous est-il déjà arrivé que quelqu’un vous pose cette question – ou de la poser vous-même à quelqu’un : « est-ce que tu m’aimes ? » C’est risqué, non ? Et si la réponse n’était pas celle qu’on attendait !

Jésus, lui, n’a rien à craindre. Il sait ce qu’il y a dans le cœur de Pierre. Il a vu couler ses larmes après son triple reniement, il vient de le voir se jeter à l’eau pour venir à sa rencontre… Alors pourquoi insister ?

En réalité, ce n’est pas lui, Jésus, mais bien Pierre qui a besoin, même s’il s’en plaint, de s’entendre dire par trois fois : « Seigneur, tu sais bien que je t’aime. » Pour devenir le premier Pasteur des brebis de Jésus, Pierre n’aura pas d’autre examen à passer, et la seule question à laquelle il doit répondre, c’est celle-là : »M’aimes-tu ? »

Aimer Jésus, qu’est-ce que cela veut dire ? Ce n’est pas seulement éprouver un vague sentiment d’affection. Cela va beaucoup plus profond. D’ailleurs on ne sent pas toujours qu’on aime. Ce que Jésus veut dire, il le fait savoir clairement à Pierre: l’aimer, c’est le suivre, sans conditions, jusqu’au bout. « Quand tu étais jeune, tu allais où tu voulais, un jour, tu devras étendre les mains et te laisser conduire là où tu ne pensais pas aller. » Te laisser faire, me laisser faire, quoi qu’il en coûte. Aimer Jésus pour lui-même et en faire le centre de ta vie, au point d’être prêt à tout lui donner, jusqu’à ta propre vie. Ce qu’il va leur en coûter, Pierre et ses compagnons vont en faire très tôt l’expérience. Ils sont interdits de parler du nom de Jésus, ils sont fouettés pour l’avoir fait, mais leur choix est définitif : « Il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ». Et les voilà qui repartent « tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus. » C’est la béatitude des persécutés.

Aimer Jésus, ce n’est pas s’attacher à une idée ou à une cause, si juste soit-elle, ce n’est pas suivre un leader ou un gourou, ce n’est seulement pas admirer une image, contempler une icône, voire une Hostie. C’est s’attacher librement à Quelqu’un, un être vivant, personnel. Comme aime à le dire ce fou du Christ qu’était l’apôtre Paul, il s’agit de se laisser saisir par lui, pour être trouvé en lui.

Comment cela, concrètement ? Comment aimer quelqu’un qu’on ne voit pas, que l’on entend pas, qui ne se laisse pas toucher ? Nous connaissons plusieurs chemins de rencontre avec le Christ ressuscité : la prière du cœur, l’évangile, les sacrements. Jésus nous en propose encore un autre, on ne peut plus concret et que nous ne pouvons pas éviter, la rencontre de l’autre : « J’avais faim, j’étais malade, prisonnier, étranger… Et vous êtes venus, vous m’avez visité, vous avez ouvert votre porte, vous m’avez accueilli… Ou peut-être pas… » Mais oui, c’était moi, vous ne m’avez pas reconnu, vous n’y avez peut-être pas pensé, mais ce jour-là, c’était moi, Jésus, que vous avez aimé.

Aimer Jésus, c’est aimer ce frère le plus petit, le plus démuni, en qui Il se déclare réellement présent. C’est ce qu’on appelle le « sacrement du frère ». Inséparable du sacrement de l’Eucharistie que nous sommes en train de célébrer.

Je me souviendrai toute ma vie de cette rencontre au Grand Séminaire de Bangui en Centrafrique, avec l’archevêque de N’djamena (Tchad). Devant les séminaristes, il avait évoqué tout ce qu’il avait entrepris – entre autres auprès des autorités musulmanes – en faveur des populations spoliées, pourchassées de son pays. A la fin de la soirée, un séminariste a droit à la dernière question: « Père, avant de nous quitter, quel conseil auriez-vous à nous donner ? » L’évêque se prend  la tête entre les mains, se recueille un moment, et finit par dire ces deux mots : « Aimer Jésus ».

Tout est là. Un chrétien, ce n’est pas un héros de vertu, un saint qui n’a jamais fauté. C’est quelqu’un qui, malgré ses fautes ou mieux, grâce aux pardons reçus, se sait aimé de Jésus: « Il m’a aimé et s’est livré pour moi », Plus près de nous, j’entends encore cette théologienne protestante, France Quéré, nous disant : « Jésus nous a aimés le premier. Il y a derrière moi quelqu’un qui m’a aimée avant que je l’aime et qui voulait me construire. J’existe par ce reçu d’amour. »

Un chrétien, c’est quelqu’un qui, comme Pierre, après avoir renié Jésus, trois fois et peut-être plus, peut encore lui dire, du fond de son cœur : « Seigneur, tu sais bien que je t’aime ».

Assez parlé. Jésus nous invite, il a déjà allumé le feu et préparé le repas. « Venez déjeuner ». Voici qu’il s’approche et nous donne le pain … C’est aussi ça aimer.
Amen.

 

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