Messe du 30ème dimanche ordinaire

 

Chanoine Jacques Oeuvray , le 26 octobre 2008, à l’église de Buix
Lectures bibliques : Exode 22, 20-26
; 1 Thessaloniciens 1, 5-10; Matthieu 22, 34-40 – Année A

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement ». Aimer Dieu, chers frères et sœurs, c’est facile à dire mais personne ne l’a jamais vu. Personne n’arrive à le décrire correctement. Je n’ai dans ma tête aucune image qui me permette de dire comment il est, où il habite, quelles sont ses activités. Heureusement pour nous, le Père a décidé un jour d’envoyer son Fils unique parmi nous. Par Lui, Dieu devient plus palpable, plus proche. Mais c’était quand même il y a deux mille ans et beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis. Dans le Christ, nous pouvons apprendre à découvrir et aimer le Père par ce qu’il nous en dit dans l’évangile. Ce Dieu lointain se fait, petit à petit, le prochain de son humanité. L’épisode du bon samaritain nous le rappelle, le prochain n’est jamais une personne éloignée de moi. Le prochain est toujours celle ou celui de qui je choisis de me faire proche.

En d’autres termes, le prochain, c’est moi lorsque je me rapproche de tout être humain. J’ai à découvrir la beauté de l’amour dans les relations de proximité que j’instaure avec celles et ceux qui croisent ma route. L’Exode, dans la première lecture, disait déjà au peuple de Dieu de respecter les petits et ceux et celles qui n’ont pas d’argent : Si tu ne le fais pas et « s’ils crient vers moi, je les écouterai car moi, je suis compatissant ! » Sœur Emmanuelle, qui vient de nous quitter, déclarait dans une émission télévisée  en 2000 : « N’oubliez jamais ceci : l’amour voyage à pieds ! » Le prix du pétrole, la crise bancaire, la vitesse effrénée,  n’atteignent donc pas l’amour, cette valeur qui ne peut qu’être en hausse à la bourse de la Vie.

Un jour, une petite fille disait à sa maman :
« Dis, maman, tu m’aimes comment ? Grand comme une montagne ? Plus, répondit la maman. « Tu m’aimes grand comme le Raimeux ? Plus! Grand comme les Rangiers, alors ? Plus! Alors, comme le Cervin ? Bien plus !
Quelques jours plus tard, elle arrive de l’école avec des connaissances toutes neuves en géographie et l’escalade reprend.
« Tu m’aimes grand comme l’Himalaya ? Plus ! Tu m’aimes haut comme le toit du monde ? Plus !
Un long silence de réflexion et la petite risque encore une question : « Tu m’aimes comme tu aimes Dieu ? » Long silence de la maman qui finit par dire: « juste en dessous ! » Silence et pensée. Etait-ce en dessous ? N’était-ce pas plutôt en dedans, dans un même élan. Il fallait s’arrêter pour ce jour-là. Ce p’tit bout de femme venait de percevoir qu’aimer, c’est toujours aimer plus !

J’entends trois appels dans cet évangile et qui tournent autour de 3 verbes :
Simplifier ; aimer à l’impératif et  unir.
1) SIMPLIFIER
Le 1er appel, c’est un appel à simplifier. Simplifier beaucoup de choses.
On pose la question à Jésus : « quel est le plus grand commandement ? »
Vous savez sans doute que pour être juif, il faut respecter 613 commandements à la lettre, et ceci de manière pointilleuse, voire scrupuleuse, au point que çà peut en devenir obsessionnel.
Et voilà que Jésus simplifie : au lieu de 613 commandements, il va en donner 2 qui n’en font qu’un.
Le droit canon de notre Eglise, lui, revu et corrigé en 1983, comporte 1752 canons ou lois ! L’évangile nous appelle à simplifier notre vie : Je crois que c’est une attitude profondément sage !
Simplifier, ne pas se laisser envahir par ce qui est secondaire, rester attachés à ce qu’il y a de plus important… : cela demande un grand discernement. Gardons au cœur cet appel du Christ qui passe de 613 à 2, c’est dire qu’il simplifie la Foi.

2) « TU AIMERAS »
Le second appel contenu dans ce texte, c’est l’appel du Christ à l’impératif : « Tu aimeras ». Ce n’est pas : « si tu ressens quelque chose pour l’autre, alors oui, aime le ! » Ce n’est pas : « écoute ton cœur battre, suis ton cœur qui bat et tu verras bien où il t’emmènera ».
C’est l’impératif qui va jusqu’à dire : « choisis d’aimer, aie en toi la volonté d’aimer »,  et d’aimer l’autre même lorsqu’il ne sera plus aimable…  
Aimer, c’est d’abord vouloir aimer ; à la manière du Christ : vouloir aimer.
Pour construire un projet, il faut régulièrement s’appuyer sur des bases solides et objectives sur lesquelles on peut revenir. 

3) UNIR TROIS AMOURS EN UN SEUL
Le 3ème appel qui est contenu dans ce texte, c’est l’appel à unir trois Amours en un seul. Les 3 amours dont parle le Christ, vous les avez entendus : «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, Tu aimeras ton prochain … comme toi-même ». C’est donc qu’il y a dans l’ordre : l’amour de Dieu, l’amour de soi et l’amour du prochain.
Les deux premiers sont peut être les plus importants. Pourquoi ?
Parce qu’il y a d’abord l’ouverture à l’amour de Dieu lui-même qui dilate en nous notre capacité de nous laisser aimer.

S’ouvrir à l’infini de Dieu : voilà pourquoi le premier amour est l’amour de Dieu lui-même. Il conditionne quelque part les autres. Il est la fondation de toutes les autres amours et de manière paradoxale du second amour qui vient dans l’évangile : c’est l’amour de soi. Plus je laisse Dieu m’aimer, plus je suis réconcilié avec moi-même. Plus je peux m’accepter moi même en vérité.  
Et enfin bien sûr, ces deux amours convergent vers l’amour du prochain. Aimer son prochain surtout quand il n’est pas aimable.

Aimer son prochain jusqu’au pardon.
Aimer son prochain comme Dieu aime ; et Dieu est sans doute le plus court chemin pour aller vers l’autre. Aimer à la manière du Christ et nous allons le signifier dans l’eucharistie : Lui, Il verse son sang; Lui, il livre son corps, pour l’autre.

Simplifier notre vie, oser conjuguer le verbe aimer à l’impératif et unir les trois amours : Amour de Dieu, Amour de Soi, Amour de l’Autre.

Puissions-nous devenir des signes de cet amour finalement trinitaire : être unis, tout en respectant les différences. C’est ce que Dieu vit en lui-même : le Père et le Fils, dans le baiser commun qui est l’Esprit.

Puissions-nous, chers frères et sœurs, chers amis auditeurs, aller boire à la source de cet amour dont nous sommes aujourd’hui et à jamais, les signes vivants.
Amen

 

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