Messe du 2ème dimanche de l’Avent

 

Abbé Bernard de Chastonay , le 7 décembre 2008, à la cathédrale de Sion
Lectures bibliques :
Isaïe 40, 1-5.9-11; 2 Pierre 3, 8-14; Marc 1, 1-8 – Année B

Chers auditeurs, chers malades, chers frères et sœurs dans le Christ,

Temps de l’Avent, temps de l’attente, temps de la veille… Nous le remarquions dimanche passé, c’est aussi, en quelque sorte, l’Avent de Dieu. Lui qui nous a donné son Fils, son Unique, maintenant attend ; il attend de nous que l’arbre donne son fruit : obéissance de la foi, vigilance soutenue, courage de la conversion et vie sainte, au service de nos frères.

Jésus nous invitait alors à nous mettre en état de veille : prenez garde et veillez. La liturgie de ce dimanche nous offre à méditer un bel exemple de veilleur : Jean, le Baptiste, dont la voix puissante nous rappelle qu’il vient, derrière lui, Celui qui est plus puissant que lui. Qui est-il ce Jean qui, soudainement, parut dans le désert ? Et qu’a-t-il à nous apprendre ?

Scrutons notre évangile. A travers le désert, une voix crie. Jean est donc une voix ; il n’est pas la Parole, mais simplement l’instrument de celle-ci. Il n’est donc pas non plus son propre porte-parole mais le porte-parole de Celui qui l’a suscité et investi de cette mission : crier dans le désert. Silence profond du désert… silence profond des valeurs dans notre monde désenchanté. Que criait cette voix ? Elle proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés.

Temps de l’Avent, temps de l’attente, temps de la veille. Dans le désert de notre monde, la même voix doit continuer à retentir, à appeler à la conversion, à un retournement urgent des valeurs qui prennent en compte non seulement la présence de Celui qui vient mais aussi la présence des hommes vers qui il vient.

Cependant le désert de notre monde est un désert bruyant : flots de musique, surabondance des informations, images omniprésentes, moyens de communication envahissant jusqu’à la sphère intime des gens et des familles. La voix qui crie dans ce désert à moins de chance de se faire entendre que celle de Jean le Baptiste. Et les foules n’accourent plus de toute la Judée et de tout Jérusalem. Que faire alors ?

Observons à nouveau le prophète. Il est vêtu de poils de chameau, une simple ceinture autour des reins. Il se nourrit de sauterelles grillées et de miel sauvage… habillement et nourriture sobres du désert. Simplicité et sobriété, voilà les deux qualités indispensables aux veilleurs de tous les temps. Comment, en effet, vouloir et pouvoir attendre la venue de quelqu’un quand le cœur et l’esprit sont suroccupés par l’abondance des biens à acquérir et des activités à accomplir. Sœur Emmanuelle, dans la simplicité de sa maison de retraite, de la petite chambre qu’elle occupait, n’était-elle pas restée une voix encore capable de se faire entendre dans le brouhaha  de ce monde ?

Jean le Baptiste invite donc notre Eglise et nous invite nous-mêmes, chacun de nous, en ce temps de l’Avent, à rechercher cette sobriété de vie qui nous permettra d’être à notre tour cette voix qui crie dans le désert. Mais une voix, pas la Parole. Une voix dont Celui dont nous proclamons la venue n’a pas voulu se passer. Autrefois Jean le Baptiste, aujourd’hui chacun de nous car, d’une certaine manière, en ces temps désenchantés qui sont les nôtres, temps qui multiplient les charrettes en tous genres : charrettes de chômeurs, charrettes de sans-logis – ils n’ont droit qu’à une abréviation : les SDF, charrettes de travailleurs pauvres, de jeunes déboussolés, 

le Christ n’a plus de mains,
il a seulement nos mains
pour faire aujourd’hui ses œuvres.
Le Christ n’a plus de pieds,
il a seulement nos pieds
pour aller aujourd’hui aux hommes.
Le Christ n’a plus de voix,
il a seulement notre voix
pour parler aujourd’hui de lui.
Le Christ n’a plus de forces,
il a seulement nos forces
pour guider les hommes à lui.
Le Christ n’a plus d’Evangiles
que ceux qui se lisent encore.
Mais ce que nous faisons en paroles et en œuvres
c’est l’évangile qui est en train de s’écrire.
(M. Pormilio, Le cinquième Evangile, Paris, Fayard, 1977, p.91)

Voulons-nous veiller, comme Jésus nous le recommandait avec insistance dimanche passé ? Alors contemplons Jean le prophète dans son style simple et sobre et mettons ensemble nos voix pour créer la plus belle symphonie, celle de l’Amour qui vient de Dieu, celle de l’Amour que se partagent les hommes.

La foi ? s’interrogeait Bernanos… C’est vingt-quatre heures de doute moins une minute d’espérance. L’Avent qui s’offre à nous est ce temps béni où il nous faut mettre au monde – souvent malgré le monde – cette toute petite minute d’espérance.

Soyons donc les mains, les pieds, la voix, les forces dont Jésus a voulu avoir besoin maintenant pour aller à la rencontre des hommes et avec lui nous écrirons la Bonne Nouvelle d’aujourd’hui.
 
Amen

 

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