Messe du 29ème dimanche ordinaire

 

Chanoine Jacques Oeuvray , le 19 octobre 2008, à l’église de Buix
Lectures bibliques : Isaïe 45,1-6; 1 Thessaloniciens 1, 1-5; Matthieu 22, 15-21 – Année A

 » Rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu…  » Voilà, chers frères et sœurs, une expression qui est devenue proverbiale et qui figure même dans les citations célèbres du dictionnaire. C’est clair, si telle chose appartient à quelqu’un, il convient de la lui restituer. Le problème c’est qu’on s’est un peu trop servi de cette expression pour justifier des options et des engagements politiques ou encore pour établir des relations entre l’Eglise et l’Etat. Ce n’est pas cela que Jésus a voulu.

Ce texte nous parle d’hypocrisie. Premièrement, les Pharisiens et les Sadducéens ne font pas la démarche eux-mêmes, ils envoient d’autres personnes voir Jésus pour le questionner sur les impôts à payer à César. Leur intention, non dite, est de lui tendre un piège. Pour camoufler cette intention, on commence par lui faire des louanges : « On le sait tu es toujours vrai ». Il faut toujours se méfier lorsque quelqu’un nous approche et commence par nous envoyer des fleurs. On le sait, souvent le pot va suivre. Camoufler les véritables intentions sous de la flatterie, c’est être hypocrite, ne pas être vrai. On pose à Jésus la question piégée : « Faut-il payer ou non l’impôt à César ? » S’il répond oui, il est du côté des ennemis du peuple juif. S’il répond non, il prône l’insurrection contre les Romains. S’il répond oui, il se met à dos le peuple juif. S’il répond non, il se met à dos le gouvernement romain. Jésus commence par leur dire : « hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? »

Un autre geste d’hypocrisie est révélé au grand jour : ils ont sur eux l’argent romain. Ils l’utilisent donc. Jésus lui n’en a pas. La réponse de Jésus ne vise pas les relations de la religion avec la politique. Elle vise simplement à inciter ces gens à être vrais. « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Être vrai est le message de ce passage de l’Évangile. Être vrai avec soi-même, être vrai dans nos relations avec les autres.
En utilisant la monnaie de l’empereur, il y a longtemps qu’ils ont répondu à la question. « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Or sur la pièce qu’ils montrent à Jésus, on pouvait lire : « Tibère, divin César. » Les Césars romains se donnaient le titre de dieux. Ils voulaient se faire vénérer comme des dieux.

Et c’est là que Jésus n’est pas d’accord : César n’est pas Dieu. On n’a pas à lui rendre un culte ni à lui obéir en tout lorsqu’il s’attribue des droits qui n’appartiennent qu’à Dieu. Rappelons-nous cette parole de la Bible : « Je suis le Seigneur et il n’y en a pas d’autre en dehors de moi ! » Cela vaut aussi pour nous aujourd’hui.

Certains hommes politiques se prennent un peu trop pour le Bon Dieu. C’est alors qu’il nous faut aujourd’hui retrouver ce qui est essentiel pour notre vie ; la pièce de monnaie portait la marque de César. Mais nous, la marque que nous portons est d’un tout autre ordre : c’est celle de Dieu ; au jour de notre baptême, nous avons été marqués de la croix du Christ ; nous sommes devenus enfants de Dieu. C’est une marque indélébile qui vient orienter toute notre vie.

« Rendez à César ce qui est à César ! » C’est vrai que nous portons la marque de Dieu et de ce fait, nous cherchons à nous imprégner de sa présence et de son amour. Si nous l’aimons vraiment, nous n’en serons plus à nous demander ce qui est permis ou défendu. Nous lui donnerons le meilleur de nous-mêmes. Mais ce Dieu que nous accueillons nous renvoie vers les autres. Cette espérance qu’il met en nous, c’est comme une lumière qui doit briller aux yeux du monde. Nous avons, chacune et chacun, à rechercher ce qui est bon pour l’intérêt de l’ensemble et à prendre nos responsabilités.

« Rendez à Dieu ce qui est à Dieu ! » Jésus insiste essentiellement sur la souveraineté de Dieu. Il est le maître du monde puisqu’il en est le créateur.
Rendre à César ce qui lui est dû n’empêche pas de lutter pour la justice et de faire en sorte que la dignité des plus pauvres, des malades et des exclus soit reconnue et respectée. Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est aussi un des appels de cette journée missionnaire qui nous appelle « En piste » car « la foi déplace les montagnes ! » Nous ne sommes pas des simples consommateurs des biens de la foi. Nous sommes appelés à être des acteurs et des constructeurs de la communauté chrétienne. C’est dans ce monde tel qu’il est que nous avons à témoigner de l’évangile. Par notre baptême et notre confirmation, nous avons reçu l’Esprit Saint en nous. Cet Esprit de Dieu est aussi un Esprit missionnaire. Nous sommes envoyés vers les autres. Le Christ veut que nous soyons vraiment en état de mission quels que soient notre âge et nos situations.

La pièce de monnaie est à l’effigie de César, l’être humain est à l’effigie de Dieu. Si l’image de César est gravée sur le métal, l’image de Dieu est gravée dans nos cœurs que l’Évangile nous invite à refléter.

En un mot, et en regardant pour cela saint Augustin, sachons rendre à chacun son image, à César son effigie et à Dieu son icône vivante, le Christ qui vit en chacune et chacun de nous. Dieu nous réclame son image. Nous sommes à l’image de Dieu. Offrons-nous, nous-mêmes, offrons toute notre vie et cela, sans hypocrisie : en toute vérité ! Et avec amour.

 

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