Messe du 18e dimanche du temps ordinaire

 

Chanoine Raphaël Duchoud, Hospice du Grand-Saint-Bernard, le 5 août 2012
Lectures bibliques :
Exode 16, 2-4, 12-15; Ephésiens 4, 17-24; Jean 6, 24-35 – Année B

Frères et sœurs dans le Christ,

Tout au long de cet été, le thème des pèlerinages alpins qui aboutissent ici à l’hospice du Grand-Saint-Bernard nous invite à réfléchir et à nous poser cette question : « Quelle est ma faim aujourd’hui ? » Si hier nous nous sommes mis en route depuis Ferret jusqu’ici à l’hospice du Grand-Saint-Bernard, si nous avons accepté d’entrer dans une démarche de réflexion et de prière sur le thème “Du pain pour la route, de quoi ai-je faim aujourd’hui ?” c’est bien parce que le besoin d’avancer est ressenti au fond de notre cœur comme un appel pressant à la vie. Celle-ci va de l’avant et non en arrière. Dans ce sens, la démarche du pèlerinage devient en quelque sorte une parabole de la réalité de la vie ; quand on part le matin en excursion, quelles que soient les conditions météorologiques, on se donne un but bien précis à atteindre. Et si on accepte de vivre cette démarche de pèlerinage comme celle que nous sommes en train de vivre, maintenant, n’est-ce pas la preuve qu’au-dedans de nous, il y a un appel à sortir de notre petit confort, à vivre une aventure pour apaiser notre faim intérieure ?

Dans l’Evangile de ce dimanche, Jésus renvoie ses disciples à la réalité qu’ils vivent pour les exhorter à rechercher de qui conduit à la vraie vie : « Travaillez pour la nourriture qui se garde pour la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, lui que Dieu le Père a marqué de son empreinte. » Par cette comparaison, Jésus veut montrer et faire comprendre à l’humanité ce qu’il apporte : la nourriture spirituelle qui donne la vie éternelle. Face à cette révélation, nous sommes de nouveau renvoyés à cette question fondamentale : quelle est ma faim aujourd’hui ?

Pour répondre à cette question, nous pouvons nous situer et dans l’ordre du “faire” en ayant comme but de réaliser un projet pour donner un sens objectif à la vie, et dans l’ordre de l’“être” en nous laissant aimer par Dieu qui désire nous donner le vrai pain descendu du Ciel en la personne de son Fils.
Jésus est très réaliste : il ne nous invite pas à mépriser le “pain quotidien”, à devenir paresseux dans nos tâches quotidiennes, mais il souhaite que nous ayons la même ardeur à rechercher la nourriture spirituelle qui conduit à la vie éternelle. À la différence du Bouddha, Jésus n’invite pas à supprimer nos désirs, mais au contraire, à les amplifier. Ne nous contentons pas de désirer ce petit bout de vie éphémère qui est le nôtre, allons jusqu’à désirer la vie éternelle et faisons ce qu’il faut pour cela, pour en vivre dès maintenant.

Ce message, nous sommes invités à l’accueillir avec un acte de foi. Jésus se présente comme le pain de la vie : « Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim, celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif. » L’enseignement que Jésus nous donne en ce dimanche en prenant l’image du pain de vie vise à sensibiliser chacun sur l’importance de sa tâche quotidienne en voyant celle-ci habitée par une présence divine. Le pain présenté à l’eucharistie n’est-il pas le symbole de tout le travail réalisé au foyer pour que la famille humaine puisse grandir et vivre dignement ? Ce même pain n’est-il pas aussi appelé à devenir lui-même présence divine au cœur de notre célébration ? Retrouvons donc le sens de l’Eucharistie qui est en réalité présence de Celui qui est venu épouser notre humanité pour nous enrichir de sa pauvreté. C’est ainsi que le besoin de l’homme, notre besoin d’absolu sera satisfait. Jésus ne dit-il pas : « Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim, celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif ? » C’est avec un cœur ouvert à l’inconnu de Dieu, habité par la foi, que nous sommes invités à accueillir cette affirmation. Cela est primordial.

Les disciples eux-mêmes demandent un signe pour qu’ils puissent le voir et croire en Jésus. Ils ressentent le besoin d’être aidés pour faire un acte de foi et expriment ainsi leur faim de croire en Jésus afin de ne pas rester à leurs horizons habituels. Mais nous, aujourd’hui, de quoi avons-nous faim ? Chaque jour, ne nous dit-on pas qu’on trouve le bonheur quand nous aurons acheté telle marque de voiture ou d’appareil ménager ou encore tel produit alimentaire. Jésus nous réplique que toutes ces “mannes” ne sont que peu de choses à côté du bonheur que Dieu veut nous donner.

« Le Pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde » nous dit Jésus. Nous laisserons-nous prendre à la contemplation mystique que ces mots suggèrent ? Nous sommes faits pour Dieu. Que nous le voulions ou pas, notre faim est une faim de Dieu, même si nous n’en avons pas conscience. « Pourquoi dépensez-vous de l’argent pour ce qui ne rassasie pas ? » disait déjà le prophète Isaïe (Is 55, 2) et saint Augustin d’avouer après avoir cherché tous les plaisirs de la terre : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi. » Oui, notre cœur est si grand que rien ne pourra le combler sinon Dieu lui-même.

Face à la beauté de ce mystère et à la révélation de la présence de Dieu dans ce pain de vie donné dans l’Eucharistie, accueillons l’exhortation de l’Apôtre Paul de nous « défaire de la conduite d’autrefois, » de l’homme ancien qui est en nous afin de nous laisser guider par un esprit renouvelé. Puissions-nous devenir nous-mêmes nourriture spirituelle quand nous retournerons dans nos maisons, nos communautés, là ou le Seigneur nous appelle à être témoins de son Amour en son Fils Jésus. Amen.

 

 

 

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