Messe de la dédicace de la basilique du Latran

 

Père Jean-René Fracheboud, le 9 novembre 2008, au Foyer des Dents du Midi, Bex
Lectures bibliques : Ezéchiel 47, 1-2.8-9.12;
1 Corinthiens 3, 9-11.16-17; Jean 2, 13-22 – Année A

 Elles sont souvent attrayantes nos églises, nos cathédrales, nos basiliques. Elles attirent un monde fou, et pas seulement des croyants et des gens proches de l’Eglise, mais des visiteurs, des voyageurs de toutes situations et provenances, sensibles à l’éclat et à la somptuosité de ces constructions, à la beauté de ces architectures de lumière.
Ce sont des « monuments » dans tous les sens du terme.
Ils nous fascinent et nous émerveillent.

Ce sont les mêmes sentiments qui devaient habiter les contemporains de Jésus devant la splendeur du Temple de Jérusalem. Il représentait toute la longue histoire d’alliance de Dieu avec son peuple ; il était le cœur de la nation, le centre visible de la religion depuis 10 siècles. Lorsqu’il avait été détruit, on l’a toujours reconstruit. Et au temps de Jésus – la période d’Hérode – on venait de dépenser une énergie colossale pendant 46 ans pour le reconstruire encore.

Devant ce temple et ce qu’il représente, vous imaginez le séisme devant la réaction de colère de Jésus :
         «  Il fit un fouet avec des cordes et les chassa tous du Temple…
         Il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs et dit au marchand de colombes : enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »

Quelle violence ! … chez cet homme, Jésus, connu pour sa douceur, sa compréhension, son écoute, sa paix…

On a envie de dire, mais qu’est-ce qui se passe, pour le mettre dans un tel état ?

L’enjeu doit être immense, important, importantissime…
        
         Qu’est-ce que Jésus veut dire à ses contemporains ?
         Qu’est-ce qu’il veut nous dire à nous, aujourd’hui ?

La réponse est simple et mystérieuse à la fois,
Jésus nous met sur la piste :
         « Détruisez ce temple et en trois jours, je le relèverai. »

Le Temple dont il parlait, c’était son corps.
Il faudra attendre la mort et la résurrection de Jésus pour que ses disciples comprennent le sens de sa parole, qu’ils y adhèrent et qu’ils misent leur vie sur elle.

Il s’agit d’une véritable révolution dans la manière de penser le rapport de l’homme avec Dieu.
Instinctivement Dieu, on le met tout en haut et très loin, au ciel.
Instinctivement Dieu, on le met en boîte, on l’enferme dans une bâtisse, le Temple, dans des institutions, le sabbat, la loi, on l’enferme dans des liturgies et dans une morale. On l’assigne à résidence surveillée.

Jésus, dans une audace impressionnante, vient faire voler en éclats ce schéma.
Il nous dit :

         Le temple, l’unique,       c’est moi,
                                               c’est ma vie, c’est ma respiration,
                                               c’est mon regard, c’est mon sourire,
                                               c’est ma main tendue vers vous.

         Le lieu de la présence de Dieu, c’est ma vie au milieu de vous,
                                               au milieu des plus pauvres, des plus blessés,
                                               des plus abîmés, rejoignant les désirs
                                               les plus enfouis du cœur.

         Le lieu de la parole de Dieu, c’est ma parole, celle qui met debout,
                                               qui ouvre un avenir, qui guérit, réconcilie.
                                               Une parole chaude, vibrante, qui vient des profondeurs et qui établit une prodigieuse communion.
                                               Demandez-le à la Samaritaine, à Marie-Madeleine, à Lazare, aux disciples d’Emmaüs
                                               et à tant d’autres… tous les ressuscités,
                                               grâce à une Parole qui réalise ce qu’elle dit.

La colère de Jésus, au-delà de sa force de provocation, est un cri de naissance
c’est la révélation d’une nouvelle relation à Dieu,
l’homme étant le sanctuaire le plus inviolable de sa présence.
Le plus divin est au cœur de l’homme, de l’homme pauvre et fragile,
souvent chahuté par toutes les tempêtes de la vie.

Jésus rejoint ainsi le grand mouvement prophétique qui traverse toute la Bible et qui dénonce les scléroses du « religieux ».

C’est toujours un drame quand la vie est figée, bloquée par des structures.
         «  Ce ne sont pas les sacrifices que je veux,
         c’est la miséricorde. » (Mt 9,13)
         «  Le Père cherche des adorateurs en esprit et en vérité. » (Jn 4, 23)
L’image d’Ezéchiel dans la première lecture est particulièrement éloquente quand le Temple, loin d’être une construction de pierre, devient « SOURCE », lieu de jaillissement d’une eau qui assainit et qui régénère.
On voit et on devine déjà toute l’abondance de la vie
qui va couler du côté ouvert du Christ en croix,
pour ouvrir l’espace de l’Eglise et de nos baptêmes.
On passe d’un MONUMENT à un MOUVEMENT, de la pierre à l’esprit, de quelque chose de figé à une circulation de vie qui va du cœur de Dieu au cœur de l’homme.

Frères et sœurs,
Il nous est bon de ré-entendre aujourd’hui cette page d’Evangile
comme un élan, comme une impulsion pour notre vie chrétienne.

Nous avons mieux à faire que de restaurer des murs et des bâtiments.
Il y a une urgence à dire Dieu, à dire son amour, son salut, son message de libération, par notre manière de vivre notre humanité.
Nous sommes le « temple de Dieu », le sanctuaire de sa présence, la demeure de sa gloire.

Et je pense particulièrement aux couples, aux familles,
à vous qui êtes venus vous ressourcer ici quelques jours mais aussi à vous qui nous écoutez.
Votre mission de couple et de famille est magnifique…vous n’avez pas tellement à parler de Dieu, mais à le vivre, en vous aimant beaucoup, mari et femme, parents et enfants, en inventant jour   après jour la circulation de la tendresse, en créant un espace d’écoute, de paix, de vérité.

Il faut vous redire et vous émerveiller souvent du trésor que vous portez :
Dieu est en vous comme un amour source. Il chante dans votre amour.
Donnez-lui de la place,
Donnez-lui du temps. Il me semble qu’il y a pour tous une immense urgence de désencombrement.

Nos agendas sont trop chargés, nos rythmes de vie effrénés sont déshumanisants. Jésus nous redit :
         «  Diminuez, cessez ces marchandages, ces trafics, la « fascination de ces bagatelles » qui vous mangent l’énergie et vous détournent de l’essentiel. »       

Nous avons à nettoyer l’espace de nos cœurs et de nos vies.
Nous avons à purifier l’intérieur
à chasser les « squatters » pour retrouver la grande transparence et la grande dignité.
         « Nous sommes le temple de Dieu ! »

Dans l’évangile d’aujourd’hui, le Seigneur ne nous donne pas des recettes, mais il nous rappelle une urgence… c’est le prix de sa colère.
A nous, à chacun, chacune, personnellement et en communauté à inventer les chemins de cette mise en œuvre.
Il en va tout autant de la vie de Dieu que de la nôtre.
Il en va de la vie de Dieu au cœur de notre vie.

Je termine en faisant un rêve…
celui de me balader       

dans nos familles
dans nos immeubles locatifs
sur nos places publiques
dans les grandes surfaces
dans nos lieux de travail
et de pouvoir éprouver devant chaque personne rencontrée,
cet extraordinaire sentiment de grandeur et de majesté
que j’éprouve devant une grande cathédrale gothique.

Tout visage est cathédrale ; toute existence humaine est temple de Dieu, sanctuaire de sa présence.

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