Messe du 7e dimanche du temps ordinaire

 

Abbé Nicolas Betticher, église St-Jean, Fribourg, le 19 février 2012
Lectures bibliques : Isaïe 43, 18…25; 2 Corinthiens 1, 18-22; Marc 2, 1-12 – Année B

Chers frères et sœurs,
Chers amis d’ici ou d’ailleurs,

Il a fait tellement froid, ces dernières semaines! Un froid glacial qui a touché tout le monde. Il a au moins ça de bien, le froid, c’est de nous rapprocher les uns des autres et de nous mettre tous dans la même réalité polaire. Nous avons tous parlé du froid, comme s’il n’y avait plus que cela qui comptait…. Et combien de gestes de solidarité sont nés, simplement pour offrir un peu de chaleur, faire les courses pour une personne âgée qui ne peut sortir, aider une personne à traverser une route verglacée, pousser une voiture qui n’arrive pas à démarrer, héberger des personnes restées au froid. Tant de gestes de solidarité. Tant mieux, mais faut-il attendre qu’il fasse moins 15 pour faire cela.

Le froid au moins aura eu ce mérite de développer en nous la conviction que l’autre a besoin de moi, de nous, qu’il est même meilleur que moi, que nous. Nous avons tout à apprendre des autres!
Oh, nous sommes tous pareils, tous d’accord d’aider, de faire notre possible pour l’humanité, pour les gens qui souffrent et qui espèrent. Oui, nous voulons tous faire le bien, mais pour le faire vraiment, il faut parfois qu’il fasse très froid dehors.
Et dedans, dans notre cœur, ne fait-il pas aussi de temps en temps très froid ? Notre cœur n’a-t-il pas parfois tendance à geler un peu, à se durcir pour ne laisser entrer personne, me repliant ainsi sur moi-même, le sur-moi de mon égoïsme, de mon orgueil?
Mais Dieu réchauffe notre cœur en lui redonnant sa raison d’être, celle d’être le temple du Seigneur, là où Il habite, au centre de notre être humain, simplement parce qu’il a décidé, le jour de notre création, de nous insuffler un peu de son être divin, notre âme.
Nous sommes si souvent en quête de communion avec les autres, en quête d’amour, le vrai, celui qui donne par-dessus nos fragilités, nos péchés, le pardon. Oui nous voulons être heureux, tout simplement heureux.
Un peu comme la foule de l’Evangile, nous voulons tous voir Jésus, la source et la finalité de notre bonheur.

Et Jésus est là, au milieu de cette foule, simplement là pour faire du bien, faire le bien. Alors arrivent ces quatre hommes avec le paralysé. Ils espèrent une guérison, le paralysé aussi, évidemment. Il se laisse descendre par le toit, comme un demandeur tombé du ciel, il se retrouve devant cet homme qui peut, qui sait guérir.
Le paralysé est là, espérant que ce Jésus fera aussi quelque chose pour lui. Peut-être pourra-t-il aussi marcher à nouveau, comme les autres paralysés que ce fils de charpentier a guéris…
Il espère. Il fait silence. Tous les gens autour de lui aussi. Et ce Jésus, le Christ, lui dit que ses péchés lui sont pardonnés. Mais ce n’est pas pour cela qu’il est venu. Il ne veut pas être pardonné, il veut marcher, être guéri. Et Jésus lui pardonne ses péchés. Stupeur dans la maison, personne ne comprend.
Mais Jésus, lui, sait bien ce qui anime les cœurs des personnes qui sont là, aussi ceux des scribes, qui regardent et espèrent un acte extraordinaire, un phénomène, un peu comme un spectacle. Jésus leur montre, sans grands mots, que toute guérison commence d’abord en nous, par ce qui anime notre vie, notre âme et notre être intérieur si souvent aspirés par de faux dieux, par de l’éphémère trop ostentatoire.
Jésus leur fait comprendre que la guérison intérieure conduit toujours à un mieux vivre. Et il pardonne au paralysé et lui dit de se lever, devant tout le monde, et de rentrer chez lui. La guérison extérieure vient comme confirmer la guérison intérieure, elle vient comme la surélever et la parachever.
Temps de pardon, temps de réconciliation avec Dieu et avec nous-mêmes!

Chers amis, dans de nombreux cantons suisses nous fêtons aujourd’hui Carnaval. La fête avant le Carême, ce temps de grâce et de réconciliation avec Dieu. Carnaval, la fête où les gens se déguisent, veulent rire, comme si après il n’y avait que de la tristesse pendant ces quarante jours de Carême. Et pourtant le Carême est un temps qui nous est offert pour justement aller visiter notre cœur, y faire le ménage, avec l’aide du Seigneur. De temps à autre il faut faire le ménage dans le temple du Seigneur. Et c’est bien normal.
Alors si nous portons des masques de clown à Carnaval, des masques qui font rire, nous voulons aussi décider d’arborer pendant le Carême, non pas un masque de pénitence triste et obscure, mais un sourire qui transcende notre être tout entier. Nous voulons, chers amis, décider aujourd’hui que le Carême sera pour nous tous le temps du sourire, du vrai.
Car savez-vous, chers amis, le sourire est une fragilité, mais une fragilité saine qui embellit notre visage, presque un état d’âme. Le sourire nous dévoile, livre un peu de nous-mêmes et surtout invite l’autre à la communication, à la communion. C’est cela un sourire, un peu de nous offert aux autres. C’est donc une sorte de fragilité, mais qui nous rend forts, car elle nous ouvre aux autres et confirme qu’il y a en nous un cœur pardonné qui éclate de bonheur.

Alors le froid de ces dernières semaines nous a appris, comme aussi l’évangile de ce dimanche, que nous sommes faits pour nous aider les uns les autres, pousser une voiture qui glisse, porter le brancard du paralysé, tout simplement, pour recevoir ce don immense du Seigneur, le pardon qui nous ouvre déjà au sourire, le vrai, celui du matin de Pâques!
Amen !

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