Messe du 4e dimanche de Carême – Journée des Malades

 

Soeur Marlyse Cantin et Mme Gertrude Pasquier, le 2 mars 2008, à la chapelle N.-D. de la Compassion, Bulle
Lectures bibliques : 1 Samuel 16, 1.6-7.10-13; Ephésiens 5, 8-14; Jean 9, 1-41 – Année A

Introduction par l’Abbé Jean-Marie Pasquier
« Il se prosterna devant lui ». Qu’il est beau ce geste de l’aveugle qui vient d’être guéri. Un geste de foi et d’adoration devant l’homme qui lui a rendu la vue. Il reconnaît en lui le Seigneur, qui est «  la lumière du monde ».
Aujourd’hui encore, cette lumière vient à notre rencontre, à la rencontre de tous ceux qui sont en quête de sens et d’espérance dans une vie souvent pleine d’obscurités.
Nous pensons spécialement à nos frères et sœurs malades et aux personnes qui les accompagnent.
Deux d’entres elles ont accepté de témoigner de ce qu’elles vivent auprès des malades et des personnes en fin de vie. Nous écoutons d’abord Sr Marlyse.

Témoignage de Sœur Marlyse Cantin
Comme nous venons de l’entendre,  la guérison de l’aveugle-né suscite bien des réactions :
·        Les parents de l’aveugle-né qui reconnaissent leur fils guéri, mais qui n’osent pas trop se mouiller par peur des Juifs.
·        Les Pharisiens qui se posent la question : qui est cet homme qui peut guérir un aveugle ? Un prophète ? ou un pécheur ?
·        Il y a les Apôtres qui interrogent Jésus : pourquoi cet homme était-il est aveugle, à qui la faute ?
·        Et il y a l’aveugle lui-même : il a tout simplement obéi à Jésus sans se poser de questions, une obéissance aveugle, pourrait-on dire, mais qui s’ouvre sur une étonnante  profession de foi : je crois, Seigneur.

En ce dimanche des malades, je voudrais surtout m’arrêter à l’attitude de Jésus… et à la nôtre. « En sortant du temple, Jésus vit sur son passage un homme qui était aveugle de naissance. » Oui, Jésus voit… Et nous, est-ce qu’en sortant de la prière, de la messe par exemple,  nous voyons autour de nous les personnes qui auraient besoin de notre soutien, une personne avec un handicap, une personne malade ou âgée ? Est-ce que nous prenons la peine d’ouvrir nos yeux, et surtout les yeux de notre cœur ?
Et si ces personnes étaient sur notre chemin  justement pour nous faire signe, nous dire quelque chose,  nous interpeller ? Oh ! pas pour nous faire la leçon, encore moins pour se plaindre,  mais  simplement comme des messagers sur notre route de pèlerins. Saurons-nous les entendre, recevoir d’eux ?

Combien de visiteuses, de bénévoles ne m’ont-elles pas dit et redit : « nous recevons des malades, des personnes âgées, des personnes avec un handicap, des personnes en fin de vie, beaucoup plus que nous ne pouvons leur offrir ».  On l’a dit : « les mourants ne sont-ils pas nos maîtres ? » Oui, parfois il s’agit d’un simple regard, d’un sourire, d’une main qui se donne, l’amour est créatif, inventif.

Mais pour cela nous avons besoin de nous laisser éclairer, de laisser tomber les écailles de nos cécités, comme l’aveugle de naissance. Nous laisser toucher par  Jésus  – laver par Dieu -, pour aller à la rencontre de nos frères et sœurs malades. Et surtout découvrir, au-delà de la maladie ou du handicap, la personne avec toute sa richesse et sa beauté intérieures.
 Pour illustrer mes propos je donne la parole à Gertrude qui va nous parler d’une visite auprès d’un malade.

Témoignage de Gertrude Pasquier

C’est en milieu hospitalier, je rencontre ce malade pour la troisième fois. Je le trouve apparemment mieux et lui demande comment ça va.
Il me répond : c’est un mort qui vous parle.
Vous pensez en être là, lui dis-je.
Oui, c’est la fin, me dit-il.
Vous êtes au bout du chemin.
Oui, me répond-il, et je voudrais que cela aille rapidement.
Un silence… et je lui dis : si ce temps qui vous reste était un temps offert ?… Peut-être pourrions l’appeler un temps d’amour ?
Un silence,… puis la personne répète : oui, un temps d’amour… Je n’ai pas donné assez d’amour… je veux dire encore des « je t’aime » .
Un silence… Le téléphone sonne… Je quitte la chambre sur la pointe des pieds. Cette personne mourait quelques jours plus tard.

Ce témoignage pour dire qu’au travers de cet accompagnement, j’ai ouvert les yeux et pris conscience que la personne est à rencontrer là où elle en est, que je dois respecter son cheminement. Que je n’ai pas à lui inventer son chemin, encore moins lui donner des réponses toutes faites, car les réponses, la personne les possède en elle et nous les partage… Et que vais-je en faire ?

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