Messe du 33e dimanche du temps ordinaire

 


Abbé Olivier Jelen, église Sts-Pierre-et-Paul, Meinier, GE , le 13 novembre2011
Lectures bibliques : Proverbes 31, 10-31; 1 Thessaloniciens 5, 1-6; Matthieu 25, 14-30 – Année A

 

L’homélie ci-dessous est celle qui était prévue le 13 novembre. En raison d’un problème technique et la non-diffusion de la messe, elle n’a pas été prononcée ce jour-là.

Chers frères et sœurs en Christ ou, bien aimés du Seigneur,

Nous nous trouvons ce dimanche devant des textes difficiles, ardus, des textes qui ne sont pas tendre avec notre destinée, avec l’homme. Oui, ces textes se trouvent bien loin de l’image d’Epinal d’un Christ, Bon berger, doucereux, aux yeux bleus, accueillant toutes ses brebis, les prenant et les serrant dans ses bras l’une après l’autre.

Dans notre passage de la lettre aux Thessaloniciens, lettre écrite par Timothée, qui l’a adressée à son maître saint Paul, l’auteur évoque la question délicate de la parousie soit de l’avènement du Seigneur. Ce texte révèle très clairement le couple antithétique de la lumière et des ténèbres, de la vigilance et de la paresse. Timothée va même jusqu’à parler de « catastrophe » : je cite : « C’est alors que, tout à coup, la catastrophe s’abattra sur eux ». Comme dans le livre d’Amos ou de Jérémie, il y un réel affrontement entre les fils de la lumière et les fils des ténèbres. Il y a en fait opposition entre le monde des justes et celui des impies. Enfin lorsqu’un homme, fils de la nuit, se convertit pour devenir fils de la lumière, il se prépare au Jour, avec un grand J, tant attendu de l’arrivée du Seigneur.

Dans notre passage d’évangile, dans notre parabole dit parabole des talents, commun également avec saint Luc, le contexte général n’est guère plus rassurant. On y pointe du doigt la situation ambigüe de travailleurs, dont certains ont peur de leurs employeurs. « Seigneur, je savais que tu es un homme dur » dit notre texte « J’ai eu peur ». Et puis enfin afin de noircir définitivement notre tableau : La fin de notre évangile, c’est la condamnation claire et nette, sans appel, du serviteur inutile : « Jetez-le dehors dans les ténèbres ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents ».

Oui, tous ces textes qui nous préparent à une nouvelle période liturgique, celle de l’Avent, ce sont des textes qu’on peut qualifier d’intermédiaires, nous rappelant que trop bien, la difficulté de nombreux de nos contemporains à aller vers la lumière. Trop nombreuses sont les personnes que nous connaissons qui n’osent pas franchir le pas vers la vraie liberté. La foi ? « Mais à quoi ça sert » s’exclament-elles ? L’église, l’institution, « j’en ai peur » diront d’autres, « elle ne veut que nous endoctriner » ? Se définir comme catholique, comme croyant, cela peut-il encore être crédible en ce XXI° siècle ? La foi est-elle encore à la mode, est-elle encore, dit dans le langage des jeunes, in ? Notre passage du jour, nous met en garde : « Ne restons pas endormis comme les autres ». Et puis un peu plus loin « soyons vigilants et restons sobres ».

Oui, quand je regarde certains programmes de la télévision, et certains de ces jeux télévisés, je me pose la question de savoir si je n’assiste pas là à un endormissement général de la population. Un peu comme à l’époque des Romains où l’empereur offrait du pain et des jeux à sa population pour que celle-ci ne se rebelle pas. Ces sitcoms, ces séries télévisées qui n’en finissent jamais et qui nous viennent en grande partie des Etats-Unis, n’est-ce pas là que se trouve le véritable et seul opium du peuple, tant décrié par un certain Karl Marx ? « Le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit » n’est-ce pas la définition même de ce que vivent beaucoup de ceux qui justement ont déserté l’église, n’ont plus de repères, ont gaspillé tout leur talent en achat éphémère.  

Oui, ne nous laissons pas prendre par la paresse, l’individualisme et le chacun pour soi contre tous. Soyons comme croyants des éclaireurs, des éveilleurs de sens. Sachons être optimistes, sûr que le sel donne du goût au pain, sûr que la petite bougie saura éclairer une grande salle. La parole de Dieu, les talents que Dieu nous offre, notamment celui de croire, celui de pouvoir prononcer le Credo que nous avons hérité des premiers croyants, sont des trésors inestimables que nous ne pouvons garder égoïstement que pour nous-mêmes. Dieu a risqué sa Parole, même son Fils, comme un banquier sa principale mise. Dieu a tout misé sur l’Homme, Il n’a pas voulu thésauriser sa parole. Il a voulu offrir sa Parole à la responsabilité de tous afin que tous puissent la gérer. Le dernier serviteur, refusant maladivement toute forme de risque, a choisi en réalité une sécurité trompeuse. Or nous le savons, une richesse qu’on n’investit pas, se dévalue très rapidement ! Qui ne multiplie pas les dons reçus, les dilapide ! Enfin afin d’être encore plus pertinent, plus perspicace, qui « enterre » son talent, le don de Dieu qu’il a reçu, par peur de le compromettre, s’enterre lui-même et opte pour la mort…

Tout dernièrement une étude scientifique a démontré que dans la société civile, ce ne sont que 5% de la population totale qui prennent des initiatives. Les autres, soit les 95%, la masse, ne font que suivre. Le baptisé d’aujourd’hui encore plus que le citoyen lambda, le citoyen électeur se trouve certainement de plus en plus dans ces 5 %. Mais il se trouve aussi devant un choix crucial. Soit celui de faire un peu comme tout le monde, de ne pas pratiquer, de parler peu de sa religion, ou de pratiquer, peut-être en silence, chez lui. « Ma foi » disent ces personnes « ne vous regarde pas, cher monsieur ». Soit au contraire, et c’est un peu l’initiative bienheureuse du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, le baptisé n’aura pas peur d’afficher très clairement sa foi, sa croyance en invitant par exemple ces voisins à découvrir la Parole de Dieu en groupe chez lui. En Suisse-Romande, il n’est pourtant pas facile d’ouvrir sa porte, même à ses voisins les plus proches. Ce baptisé saura également de temps en temps se joindre à la prière dominicale en communauté. Les chrétiens en effet, encore plus en Europe qu’ailleurs en ce XXI° siècle, n’ont plus pour fonction de se diluer dans la masse. S’ils ont reçu des talents, notre lecture en cite quelques-uns, la fidélité, la persévérance, l’ingéniosité, l’optimisme, ils se doivent de les revendiquer, de les mettre à profit et de les utiliser.

En conclusion, demandons au Seigneur de faire partie de ses éveilleurs, de ses porteurs de sens dans notre monde en perte de valeurs. Demandons au Seigneur qu’Il nous donne la force, l’énergie pour que, conscients des talents, des dons reçus par Lui, nous sachions convaincre les autres, nos proches, nos voisins, du message dynamisant du Christ. Un message qui sait nous mettre debout, nous donner confiance et espérance et, qui nous confère une véritable dignité d’homme et de femme de l’avenir. Amen         

 

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