Messe du 28e dimanche du temps ordinaire

 

Abbé Joël Pralong, église St-François de Sales, Salins, VS, le 9 octobre 2011
Lectures bibliques : Isaïe 25, 6-9; Philippiens 4, 12-20; Matthieu 22, 1-14 – Année A

Vous vous souvenez du « mariage du siècle » entre William et Kate ? 1900 invités : et du haut standing ! Parmi les convives, une brochette de célébrités, d’aristocrates, de chefs d’Etat, de monarques, tous mis sur leur trente et un. Un look d’enfer ! On ne renonce pas à venir à la noce d’un fils de roi ! Et même ceux qui n’y étaient pas invités ont voulu être là, avoir eux aussi droit à une petite part du gâteau, massés devant l’abbaye de Westminster ou sur un bout de trottoir, nous rapporte la presse people.  Et sans oublier les 2 millions de téléspectateurs scotchés à leur petit écran… Comme s’ils y étaient !

Et si tout le monde avait tourné le dos à ce mariage de fils de roi ? Non, non, je plaisante… Mais alors comment avaler le refus des invités à la noce de ce fils de roi dont il est question dans notre parabole ? Et qui plus est : le Fils de Dieu.  Là, on touche le sommet de l’absurdité ! Moi, si j’avais été ce roi, je ne me serais pas gêné d’aller tordre le cou à ces gens-là, et avec toute une armée, c’est sûr ! Mais rassurez-vous, Dieu ne réagit pas comme moi ; dans la réalité, il n’a pas mis ses menaces à exécution. Dans l’escarcelle de sa miséricorde, il a trouvé d’autres paraboles : le retour du fils prodigue, par exemple, le berger qui cherche inlassablement sa brebis égarée, blessée, repliée sur elle-même. Pouvait-il faire plus pour nous attendrir ?     

 Il faut dire que ce roi se réjouissait tellement de partager son bonheur avec ses invités. Mais tous refusent : ils ont d’autres choses bien plus importantes à faire. Ils ne se rendent pas compte que le bonheur auquel leur cœur aspire, se trouve en Dieu. Ce sont certainement des gens importants, qui ont des choses importantes à faire, avec des gens encore plus importants, mais qui n’entendent plus l’appel de leur cœur. Savent-ils encore s’ils en ont un ? Ah ! Les gens importants et indispensables, les cimetières en sont pleins !                                                                                                               
Un jeune me disait : « aujourd’hui on ne s’intéresse qu’aux gens performants, on embauche les meilleurs, on regarde les qualifications, et nous, nous crevons sur place de ne pas être aimés et considérés… » Cela n’est pas productif pour l’économie. En attendant, ce sont bien des « Mozart » que l’on assassine sur l’autel du rendement et du profit. Un monde sans musique, sans poésie et sans spiritualité, c’est un monde sans âme. Sait-on encore pourquoi et pour qui on vit ? « Les gens ont assez de moyens pour vivre, mais souvent, ils n’ont aucune raison de vivre », disait un psychiatre. Les moyens épuisés, l’homme sombre dans le vide de l’âme et le non-sens de l’existence.

« Alors, allez donc chercher tous ceux que vous rencontrerez à la croisée des chemins… » Allusion à tous ces déçus de la vie, à ces pauvres, à ces fragilisés de la vie, à ces mendiants de bonheur, à ces gens qui ont du cœur à revendre, qui présentent un avantage certain sur les autres : dégagés du paraître, leur cœur est mis à nu ; ils entendent l’appel de l’Amour, l’invitation du Roi. Puissions-nous être de ceux-là ! Je me souviens de cet enfant handicapé qui disait : « Maman, je n’ai plus de jambes ni de bras, c’est vrai, mais j’ai encore un cœur pour t’aimer ! » Et ce cœur battait tous les records de tendresse…                                                                                        

En visitant la salle des noces comble, je m’aperçois qu’il n’y a pas que des bons mais aussi…des mauvais ! Tiens, le portier aurait-il laissé entrer quelques racailles dans ce petit paradis ? Entre nous soit dit, ça me rassure car, cette fois-ci, je suis persuadé que moi aussi j’aurai une place !  En terre chrétienne, voyez-vous, le péché ce n’est pas grave quand on est pardonné. L’évangile inverse la vapeur : Dieu nous aime jusque dans notre péché ; il faut juste lui dire : « OK, j’accepte d’être aimé jusque dans les parties de ma vie les plus sombres ! » Ce n’est pas si simple que cela, ça demande beaucoup d’humilité. Ce qui est grave, c’est de refuser la main que Dieu nous tend, en s’enfermant dans son orgueil. C’est certainement cela qui arrive à l’homme dépouillé du vêtement de noce. Dans ce vêtement de noce, je vois l’habit de lumière tissé des fils de la miséricorde du Père. Un vêtement que l’on reçoit, dont on est revêtu par le Père, à la manière du fils prodigue de retour à la maison dans la parabole de Luc. Il faut croire que « l’ami » en question a refusé jusqu’au bout de se laisser revêtir le cœur d’amour et de miséricorde. Sans l’habit de lumière, il appartient déjà aux ténèbres. Les évangiles ne biffent jamais le choix libre de l’homme entre la lumière et les ténèbres, et la possibilité de se perdre éternellement.

Peut-être n’avez-vous pas remarqué un détail de taille dans ces noces : mais où se trouve Kate ? Tiens, on ne parle nullement de la fiancée !
Et si, dans la réalité, la fiancée, c’était nous, cette part d’humanité que nous représentons ce matin, appelée à entrer dans l’intimité même de Dieu à travers une union nuptiale ? N’est-ce pas cela que nous sommes en train de célébrer ? Ces paroles disent tout: « Prenez et mangez ceci est mon corps, ceci est mon sang versé pour vous… » Il n’y a que l’amour pour tout donner… A chaque Eucharistie, le fils du roi  se livre à nous corps et âme afin que dans nos veines coule la vie de Dieu, du sang royal ! Il épouse nos vies, il se lie à nous pour toujours, ce qui faisait dire à saint Paul : «  Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ! » D’ailleurs, pas pour rien que la messe commence par un baiser (liturgique) et se termine par un baiser déposé par le prêtre sur l’autel… ce qui veut dire qu’entre deux baisers, il n’y a que de l’amour.

Et les autres alors, cette multitude de ceux qui ne savent pas ?
Le Fils de Dieu ne les oublie pas lorsqu’il dit : «… le sang versé pour vous (qui êtes ici) et pour la multitude » Cette multitude des gens qui ne sont pas là et qui ne savent pas. Le soleil eucharistique dépasse les murs de nos églises, ses rayons rejoignent le monde entier. Et nous, les invités à avoir répondu « présent » nous sommes les miroirs paraboliques qui reflétons la lumière sur tous ceux et celles que nous portons dans notre cœur en ce moment. Par l’offrande de nous-mêmes, les rayons de l’Amour se diffusent jusqu’aux quatre coins du monde, dans ses parties les plus sombres. D’où l’importance de notre présence ce matin et de l’offrande de tous ceux qui prient avec nous en ce moment afin que toute l’humanité se découvre aimée, tel un lever de soleil !

 

Bibliographie de Joël Pralong :

–       Combattre ses pensées négatives, Editions Béatitudes, 2011
–       Angoisse dépression culpabilité, Editions Béatitudes, 2011
–       Dieu dans mes bagages, Edtions à la carte, 2010
–       Le pouvoir des mains vides, Jérémie, le curé d’Ars, le prêtre, Edtions St-Augustin,  2009
–       Apprivoiser son caractère, Editions Béatitudes, 2009
–       De la faiblesse à la force, Editions Béatitudes, 2008

 

 

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