Messe du 24e dimanche ordinaire

Abbé Paul-André Gauthey Bruchez, le 12 septembre 2004, à la Cathédrale de Sion
Lectures bibliques : Exode 32, 7-14; 1 Timothée 1, 12-17; Luc 15, 1-32

« II y a de la joie chez les anges de Dieu, pour un seul pécheur qui se convertit. »

Frères et sœurs là voilà la Bonne Nouvelle de ce dimanche… Le ciel est en fête parce que sur la terre, des hommes, des femmes, reconnaissent qu’ils ont besoin de la miséricorde de Dieu. Le Ciel est en fête… L’Eglise et le monde entier, sont invités à partager cette joie.

« Réjouissez-vous ». Voilà le message de l’Evangile. « Un coeur en joie, est un filtre qui fait de l’or », dit un petit proverbe indien… « Réjouissez-vous ». C’est l’invitation qui nous est faite, par les deux petites paraboles, entendues il y a un instant, celle de la brebis perdue, et celle de la pièce de monnaie, recherchée avec tant d’ardeur, par la ménagère.

Laissons-nous donc habiter, chers frères et sœurs, par cette joie, qui nous vient d’en haut…

Tout d’abord, parce que c’est une certitude – Dieu, aime le premier, et il aime gratuitement. – Le Bon Berger cherche la brebis égarée… même si celle-ci n’est au courant de rien.

La dame de maison remue ciel et terre, pour retrouver sa drachme, l’équivalent à l’époque, d’une journée de travail… La drachme, si je puis dire, n’en saura jamais rien. Réjouissons-nous.

Ensuite, parce que Dieu nous aime, même s’il sait que dans la vie de tous les jours, le péché nous menace. Nous sommes un peu à l’image de ce Stradivarius, dont parlait le pasteur Zeissig, sur les ondes de la Radio suisse romande, il y a bien quelques années. Un violon de cette qualité-là, n’est pas fait pour le silence, disait-il, pour être caché derrière une vitrine blindée, avec alarme électronique et filtres contre les rayons dangereux. « Nous rêvons tous, peut-être, d’une vie protégée, pas d’accident, pas d’usure, pas de fatigue. Mais comme le violon, nous avons été créés, pour que notre vie chante… Et pour ce chant-là, il faut prendre le risque de se fatiguer, de s’user, et même de se casser. »

Notre Dieu en accepte le risque…

Enfin, réjouissons-nous, parce que, grâce au pardon, sans cesse renouvelé de notre Dieu, nous allons nous améliorer… Le Seigneur ne nous prépare ni pour le musée Tussot, ni pour le musée Grévin. Nous ne serons pas pour l’éternité, ce que nous sommes aujourd’hui, comme ces statues de cire que l’on peut admirer à Londres ou à Paris. Dieu nous aime assez, pour nous changer, nous transformer. C’est son plus cher désir, avant de nous faire entrer dans son Eternité. Son Pardon et son Amour nous préparent un avenir et non une place au musée.

Comment a-t-on pu, au cours de âges, donner l’image d’un Dieu méfiant, qui épierait l’homme, qui marchanderait sa miséricorde? Dieu, c’est encore une certitude, débordera toujours les limites de nos morales rigides, si de notre côté, il y véritablement désir de conversion.

On dit parfois que c’est le christianisme qui a inventé la culpabilité. Rien n’est plus faux. Le christianisme n’a pas inventé la culpabilité, sentiment naturel au coeur de l’homme, mais la grâce. « La foi chrétienne n’a pas inventé le mur, disait un théologien, mais la porte qui le perce. » Et d’ajouter: « On n’est pas chrétien, quand on se sent coupable, on est chrétien, quand on se sait pardonné. »

Chers frères et soeurs, réjouissons-nous donc, en ce dimanche, de savoir que nous pouvons, les uns et les autres, en reconnaissant notre péché, mettre de la joie, au coeur même de Dieu, de ses anges et de ses saints.

Bien sûr, ce n’est pas gagné d’avance… Le péché, notre péché peut nous faire t perdre confiance, voire nous pousser à la déprime…

Bien sûr, la véritable joie peut se faire attendre. Nous pouvons vivre actuellement des moments difficiles, un deuil, une maladie, un emprisonnement. Avec Michel Quoist, nous avons le droit de dire au Seigneur: « Tu me dis Seigneur, que la joie est solide vertu chrétienne, et qu’un saint triste est un bien triste saint… » Je veux bien le croire… Mais je n’ai pas encore, Seigneur, apprivoisé la Joie. »

Et pourtant… Et pourtant, nous voulons garder confiance… Et c’est dans l’esprit de Madeleine Delbrêl, que nous voulons poursuivre notre Eucharistie. Que ces quelques paroles, empruntées à celle qui a écrit: « Nous autres, gens de rues », nous aident à aller de l’avant: pour notre propre guérison et pour que le message de l’Evangile puisse traverser les murs les plus épais, ceux de nos égoïsmes, de nos prisons, de nos manques de confiance. Il y va de l’image même que nous nous faisons de notre Dieu…

Puisque vos paroles, ô mon Dieu, ne sont pas faites pour rester inertes dans nos livres, mais pour nous posséder et pour courir le monde en nous; permettez que de ce feu de joie, allumé jadis par vous sur une montagne, que de cette leçon de bonheur, des étincelles nous atteignent et nous mordent, nous investissent, nous envahissent; faites que, habités par elles, comme des « flammèches dans les chaumes », nous courions les rues de la ville, nous longions les vagues des foules, contagieux de la béatitude, contagieux de la joie.

Car nous en avons vraiment assez de tous ces crieurs de mauvaises nouvelles, de tristes nouvelles! Ils font tellement de bruit que votre parole à vous ne retentit plus. Faites dans leur tintamarre éclater notre silence… dans les cohues sans visage, faites passer notre joie, recueillie.

Amen

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