Messe du 1er dimanche de l’Avent

 

Abbé Bernard de Chastonay , le 30 novembre 2008, à la cathédrale de Sion
Lectures bibliques :
Isaïe 63, 16-17.19; 1 Corinthiens 1, 3-9; Marc 13 ,33-37 – Année B

Etonnant temps de l’Avent : plutôt que de diriger notre regard sur l’enfant de la crèche, la liturgie de l’Eglise nous propose ce matin de commencer par la fin ! En effet l’Eglise tout entière attend la venue de son Seigneur, l’avènement de Celui qui viendra dans la gloire. Elle n’espère pas, sans doute, comme au tout premier siècle de son histoire, un retour imminent du Christ, mais elle ne veut pas non plus que s’éteigne le flambeau de l’attente, un flambeau qu’elle tient dressé au nom de toute la communauté humaine. Et sans cesse résonne le cri de son désir : Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes fondraient devant toi (Isaïe 63,19b)… Amen, viens, Seigneur Jésus (Apocalypse 22,20).

Dieu lui-même attend; il est lui aussi entré dans son propre temps de l’Avent, Lui qui a tout donné en son Fils et qui espère inlassablement l’amour des hommes. Silencieusement, patiemment, il espère, jusqu’au jour où sera pleinement constitué l’homme nouveau annoncé par la naissance terrestre du Verbe éternel et incarné, devenu petit enfant, l’un d’entre nous.

Dieu a déjà fait tout ce qu’il fallait : il a déchiré les cieux pour venir à la rencontre de l’homme; il a pardonné, pris fait et cause pour les opprimés, préparé en MARIE la demeure de son Fils. Maintenant donc il attend. Il compte bien que l’arbre donne son fruit : obéissance de la foi, vigilance soutenue, courage de la conversion, vie sainte. En ce temps de l’Avent, la voix puissante du prophète et précurseur Jean-Baptiste nous rappelle(ra) cette espérance de Dieu déjà réalisée dans le fiat de la Vierge Marie. A nous de nous conformer à la foi humble et forte de la Mère du Sauveur; et d’entendre par conséquent l’avertissement du Seigneur.

Prenez garde et veillez… Tels sont les premiers mots que Jésus nous adresse aujourd’hui. Ils vont colorer tout ce temps qui nous sépare encore de la fête de Noël, du jour béni où nous pourrons célébrer dans la joie la venue dans la chair de notre Sauveur et Seigneur Jésus-Christ.

Prenez garde et veillez.

Veiller… Un verbe que Jésus utilise à quatre reprises, comme s’il voulait nous mettre effectivement en garde. Un mot remarquable parce que l’idée même de la « veille » n’est pas si évidente qu’il paraît à première vue. Jésus insiste : ce que je vous dis là, à vous, mes disciples, je le dis à tous : veillez.

Tous doivent veiller, pas seulement quelques-uns, dans les monastères ou les ermitages. Tous, malades et bien-portants, actifs et retraités, parents et enfants, croyants engagés dans la vie de l’Eglise ou personnes en proie aux doutes. Tous.

Nous ne devons pas seulement croire, mais veiller; pas seulement aimer, mais veiller; pas seulement obéir, mais veiller; veiller pourquoi ? Pour ce grand événement du retour du maître, qui peut arriver à l’improviste.

Le chrétien, qui est-il ? Sinon celui qui cherche le Christ pour pouvoir demeurer avec lui. Souvenons-nous des deux disciples de Jean-Baptiste qui demandèrent à Jésus : Maître, où demeures-tu ? Venez, et voyez. Ils vinrent donc et virent là où il demeurait, et ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là.

Veiller pour pouvoir demeurer avec le Christ, au jour de son avènement. Le cardinal Newman l’affirmait, deux choses sont indispensables à celui qui cherche le Christ : prier et veiller.

Veiller dans l’attente du Christ et veiller avec le Christ.

Veiller peut en effet signifier simplement être attentif à l’égard des événements, mais il a souvent un sens plus précis : il s’agit d’attendre quelqu’un, de guetter son arrivée. Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de maison va venir (Marc 13,35). Veillez, car vous ne savez ni le jour ni l’heure (Matthieu 25,13). Ou encore : Heureux ces serviteurs que le maître à son arrivée trouvera en train de veiller (Luc 12,37).

Au jardin des Oliviers, il s’agira plutôt de veiller avec le Christ, en sa compagnie : Demeurez ici et veillez avec moi (Matthieu 26,38). Et ce constat un peu amer qui suivra : Ainsi vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi (Mt 26,40) !

Bon nombre de penseurs chrétiens ont distingué une triple venue du Seigneur : sa venue dans la chair parmi nous il y a deux mille ans; son retour dans la gloire à la fin des temps, et sa venue intermédiaire, dans nos cœurs, aujourd’hui, par la présence en chacun de nous de son Esprit.

C’est cette dernière qui nous importe aujourd’hui. Une venue intermédiaire qui réclame notre concours : il faut nous placer en état de veille, nous préparer à accueillir Celui qui vient, à créer en nous un espace intérieur que puisse occuper Celui que l’on attend, que l’on espère. Mais attention ! prenons garde; quand nous disons « veillez », il ne s’agit pas d’une attente passive et assoupie; au contraire, c’est d’une permanente attention à la présence de Celui qui vient dont est question. Ce n’est donc pas la date imprévisible de la Parousie qui doit nous préoccuper, le jour où le Christ viendra dans la gloire, mais plutôt son caractère décisif, le jugement qu’elle prononcera sur tout le cours de l’histoire et sur celui de notre propre vie. Il nous faut donc rester sans cesse en alerte, veiller, et prendre conscience de notre responsabilité quant au moment présent, il nous faut donner à chaque instant de notre vie son poids d’éternité.

Veiller, être en alerte… Alors peut-être entendrons-nous l’Esprit du Christ nous dire cette complainte:

 Il n’est rien qui, à mes yeux, ait plus de prix que l’âme humaine…
Pauvre âme humaine… dans quelle dissipation n’est-elle pas entraînée !
En cette époque, il semblerait que l’on doive, pour bien vivre et utilement, ébaucher tout, se tracer un programme mille fois plus chargé qu’il ne le faudrait.
Il faut courir, n’avoir plus le temps !…
Cette fièvre, même produite par le zèle, tue la vie intérieure…
Quelle profondeur peut avoir celui qui va sans cesse aux activités extérieures, sans avoir le temps de se retirer en Moi, d’y puiser la vie ?
Ils vont, ils viennent, ils passent à un acte, l’autre étant à peine fini… Ils glissent, ils glissent !
Ils n’approfondissent pas leur propre vie intérieure, comment donc pourraient-ils donner du trop-plein de ce dont ils n’ont pas assez ?…
Que les âmes sachent donc se retirer parfois du flot de l’activité extérieure
– se mettre en état de veille -, et que, dans le recueillement et la solitude, elles m’accueillent, m’écoutent… pour qu’enflammées par mon Amour, elles soient aptes à Me répandre au-dehors (Extrait de Divins Appels, Editions du Parvis, juillet 2004).

Oui, être des veilleurs, pour devenir des éveilleurs. Et nous souvenir que pour être à hauteur de Dieu, il nous faut commencer par être à hauteur d’homme.
AMEN.

 

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