Messe du 1e dimanche du Carême

 

Abbé Jean-René Fracheboud, foyer « Dents-du-Midi », Bex, le 26 février 2012
Lectures bibliques : Genèse 9, 8-15; 1 Pierre 3, 18-22; Marc 1, 12-15 – Année B

Chers frères et sœurs,
Chers amis d’ici ou d’ailleurs,

Elles sont belles les saisons de la foi !
Chaque année le carême s’offre à nous comme un beau cadeau, un printemps de promesse, un bourgeonnement de vie, un glissement de sève.
Etonnement, ce printemps de la foi passe par un lieu incontournable : le DÉSERT.
Cette année encore, il nous faut nous mettre en route à la suite de Jésus, risquer le désert et ses 40 jours, qui d’une poignée de cendres, feront naître le FEU de nos résurrections,
de nos existences dilatées à la dimension infinie du cœur de DIEU.

40 jours pour apprendre le plus beau de l’homme
et le plus grand de Dieu !

C’est quoi, le plus beau de l’homme et le plus grand de Dieu ? C’est la découverte inouïe, inattendue, surprenante, d’une ALLIANCE de deux libertés, de deux destins, celui de Dieu et celui de l’homme.
C’est la révélation de la passion de Dieu qui s’engage dans notre histoire humaine pour faire réussir la VIE, toujours menacée par la mort… d’un Dieu qui fait le déplacement de la terre et qui paie le prix fort pour faire réussir l’AMOUR, toujours menacé par la haine, le mensonge et le mal.

Les textes bibliques proposés à notre méditation aujourd’hui nous offrent quelques touches colorées de cette aventure d’alliance entre Dieu et l’homme. Avec la Genèse et le déluge, un texte plus symbolique qu’historique, nous apprenons un premier choix de Dieu.
Il n’y aura plus de déluge à l’avenir, il n’y aura plus de catastrophe pareille.
« Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être vivant ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. »

Je vous vois et je vous entends réagir dans votre barbe :
Plus de déluge, plus de catastrophe… tu parles !
Et tous les drames de l’histoire qui continuent de se dérouler sous nos yeux, tous les tsunamis, tous les Fukushima, toutes les tragédies… qui déchirent le quotidien.

C’est bien là une première difficulté, une première épreuve de la Foi : le décalage entre ce que nous croyons et ce que nous voyons. C’est une des réactions que j’entends, comme vous, le plus souvent :
Comment croire en un Dieu d’amour, alors qu’on voit tant de misères et de souffrances ?
Toute la Bible est parsemée de cette question lancinante, angoissante : « Où est-il ton Dieu ? »Cette question, elle est très sérieuse et incontournable. Il en va de la crédibilité de notre foi.

D’emblée, nous pouvons le dire, le Dieu de l’alliance qui se manifeste à nous n’est pas un Dieu magique, une puissance extérieure qui interviendrait à temps et à contre temps pour empêcher la souffrance, le drame, la mort. Mais Dieu s’engage dans notre histoire humaine pour une transformation des libertés et des cœurs par le dedans, par les racines, par une contagion de grâce. C’est progressivement et à travers une longue patience que l’amour de Dieu se déploie pour faire émerger au cœur de l’humain une vie nouvelle, une vie sauvée.

L’appel du Carême nous invite à une lucidité, à une prise de distance par rapport à nos impressions et nos sentiments de gâchis.
Le monde n’obéit pas qu’à des forces de mort. Il y a dans la profondeur un processus de vie, de salut, d’amour qui est en route et qui aboutira à une victoire, à la Résurrection.Un jour, l’AMOUR éclatera en lumière de gloire. Dieu en est le garant. Dieu en est l’acteur. Aujourd’hui cette conviction et cette espérance n’éclatent pas au grand jour, elles sont l’objet de notre foi, de l’adhésion de notre liberté.

Le « Plus jamais de déluge » de la Genèse n’est que l’humble semence d’un commencement, d’un enfantement qui se continue aujourd’hui.Pour nous, il est tellement important de savoir qu’au cœur des marées noires quotidiennes et des désespérances, Dieu s’engage dans une alliance pour sauver l’homme,  pour lui ouvrir une perspective de bonheur et d’accomplissement.

Tout l’enjeu de notre Carême, c’est de rejoindre le désert, de prendre du recul par rapport aux séductions trompeuses de surface pour descendre dans les profondeurs et rejoindre ce mouvement de vie et d’amour, discret, caché, mais porté et nourri par Dieu.

Cette alliance « arc-en-ciel »,  relayée par les grandes figures de l’Ancien Testament, culmine et trouve son point d’orgue dans la personne de Jésus, le Fils Bien-aimé du Père, visage humain de Dieu et visage divin de l’homme. En Lui, la plénitude du divin se donne à voir dans sa manière d’être homme. Il est le Messie attendu. Il commence son ministère en rejoignant Jean le Baptiste au Jourdain pour se faire baptiser par lui.
Nous assistons à une sorte de coup d’envoi solennel de la mission de Jésus. Le ciel se déchire, l’Esprit descend sur Lui et une voix se fait entendre :
« Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur ».
 
Pour comprendre quelque chose à la vie de Jésus, il faudra saisir le secret de sa personnalité, de son identité divine. Aussitôt après, le même Esprit pousse Jésus au désert. Il est tenté par Satan. Marc a l’art de la concision.  En deux  phrases, tout est dit :
« Dans le désert, il resta 40 jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages et les anges le servaient. »

D’entrée, Jésus annonce la couleur, choisit une option, une ligne directrice qui traversera toute sa vie et toute sa mort :
la fidélité absolue à son Père et l’amour inconditionnel des hommes, surtout les plus petits, les plus pauvres, les plus blessés.
La tentation à laquelle Jésus est soumis, comme la nôtre aujourd’hui, c’est de recourir à Dieu dans le registre de la puissance. « Si tu es Fils »… et Jésus est Fils de Dieu. Jésus n’est pas venu jouer au surhomme, pour faire de la magie. Il est venu pour vivre son humanité – les joies, les peines, les épreuves – dans une confiance toujours renouvelée à son Père. Sa vie ne sera que OUI au Père jusque dans les extrêmes, là où l’homme laissé à ses seules forces ne peut que dire NON, ce n’est plus possible de croire en l’amour quand je vois ce que je vois. C’est en cela que le Christ ouvre une voie royale, celle du salut et de la réconciliation, celle qu’annonçait déjà Isaïe (11) : « Le loup habitera avec l’agneau… »
Avec Jésus, le monde nouveau, réconcilié est déjà amorcé : « Il vivait parmi les bêtes sauvages »

Jésus est un homme libre face aux assauts de Satan, face à toutes les tentations du monde. Il est libre parce qu’il est relié au Père dans une inébranlable confiance. L’arc-en-ciel de la Genèse prend désormais la forme de la croix. C’est ce visage de Jésus, c’est sa manière d’être homme, c’est « sa » ligne de conduite qui nous sont proposés pour vivre ce Carême.

« Les temps sont accomplis le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la bonne Nouvelle. »

Frères et Sœurs, n’allons pas chercher midi à quatorze heures. Il y a une sorte d’urgence à re-choisir le Christ, et à le suivre, personnellement et en Eglise. Il y a urgence à réveiller la grâce de nos baptêmes pour permettre à l’Esprit de Dieu – toujours le même – de nous habiter, de nous animer.

La vie chrétienne est un choix : adopter le style de vie de Jésus. Elle est une épreuve, au sens où nous avons à faire nos preuves  pour ne pas nous gargariser de mots et de discours. Elle est combat. J’aime bien la réflexion de Madeleine Delbrêl qui faisait comprendre qu’on ne pouvait pas choisir le Christ vivant sans prendre des distances par rapport à « la fascination et l’obsession usante de nos bagatelles ».

40 jours pour apprendre le plus beau de l’homme
et le plus grand de Dieu !

 

Devant le VISAGE de LIBERTÉ de Jésus
aujourd’hui, à l’aube de son ministère publique,
au désert de la tentation…
demain, à la montagne de la transfiguration ;
bientôt, à l’heure décisive de la croix,

il nous devient urgent de vivre !
Et cela passe par une écoute attentive, prolongée, sérieuse, amoureuse de sa PAROLE pour qu’elle devienne VIE en nous.

Si, vraiment, nous nous laissions tenter par Dieu…

 

 

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