Messe de la Fête fédérale d’action de grâce

Monseigneur Norbert Brunner, le 19 septembre 2004, à la Cathédrale de Sion
Lectures bibliques : Amos 8, 4-7; 1 Timothée 2, 1-8; Luc 16, 1-13

Chers frères et soeurs, chers auditeurs et auditrices,

Pouvons-nous nous imaginer que des gens qui ont vécu de grandes souffrances ne puissent plus entendre les premiers versets de la Cantate de Bach que nous venons d’écouter: „Ce que Dieu fait est bien fait, Ses desseins restent justes; Quel que soit le cours qu’il m’a destiné, Je m’en tiens sans mot dire à sa gouverne.“? (Cantate 99)

Ce peut être des gens comme les enfants et les adultes de Beslan qui, par centaines, ont été blessés ou tués sous le feu des terroristes et des soldats. Ou des garçons et des filles qui, dans de toujours nouvelles „familles“ recomposées n’ont plus de patrie et ne trouvent que difficilement leur identité. Ou cette jeune femme qui, après la mort de son ami, ne peut plus croire en Dieu et fait quatre tentatives de suicide. Ou ces femmes de pays étrangers qui sont traitées comme des esclaves pour „amuser“ des hommes dans les cabarets de chez nous ou pour être „à leur service“. Je ne veux pas élever davantage mon „mur des lamentations.

Car, je lis dans les yeux de maints auditeurs le reproche : S’il vous plaît, assez de ces affreuses nouvelles! Nous les voyons et entendons suffisamment dans les médias! Nous voudrions entendre la Bonne Nouvelle du Christ!

Je suis tout a fait d’accord. Malgré tout, nous ne devons pas passer sur ces „mauvaises nouvelles“, écrites par des mains humaines, des mains dont la plume n’est pas dirigée par la main de Dieu, comme si elles n’existaient pas. Car l’Eglise ne peut annoncer de façon crédible la „Bonne Nouvelle“ du Christ que comme réponse aux misères des hommes, car elle se laisse conduire par ces mots du dernier concile : „Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ.“ (Constitution pastorale, n° 1)

Nous devons donc considérer ces événemets comme des appels au secours. Car si nous sommes touchés par les événements de ce monde et de notre société, nous découvrirons aussi notre tâche et nous voudrons la prendre au sérieux. Celle–ci consiste à annoncer la Bonne Nouvelle dans la mesure où nous la vivons nous-mêmes. C’est notre devoir de dire, surtout aux pauvres et à ceux qui souffrent, aux persécutés et aux isolés: „Le Seigneur est près de tous ceux qui ont confiance en sa puissance et en sa grâce. C’est pourquoi je veux fonder mon espoir sur Dieu seul, car il n’abandonne pas les siens.“ (Cantate 98)

Nous, les évêques suisses vous invitons, dans notre lettre pastorale de ce jour, à vous atteler à cette tâche, et les uns avec les autres. „La question qui nous occupe tous est la suivante: Comment est-il possible de transmettre notre foi dans les mutations ecclésiales actuelles? De nos jours aussi, il y a beaucoup de personnes en recherche. En raison du Baptême et de la Confirmation, nous sommes ensemble responsables de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, pour que cette Bonne Nouvelle touche les coeurs des hommes.“ (page 3)

Ce message signifie, pour les personnes qui hésitent et se posent des questions, pour celles qui doutent de Dieu et qui ont perdu la confiance en lui, que Dieu est présent, même dans la pire des situations; qu’il ne détourne pas son attention compatissante qu’il a montrée par le coeur transpercé de son propre Fils, attention compatissante qu’il applique dans l’histoire de chaque être humain. „Dieu a un coeur qui déborde de miséricorde, Et lorsque notre bouche élève vers lui notre plainte, Et lui exprime, dans la foi et la confiance, La souffrance de la croix, alors son coeur se brise, Et il ne peut que nous dispenser sa miséricorde. Il tient sa parole.“ (Cantate 98)

Nous ne pouvons annoncer cette Bonne Nouvelle de façon crédible, et en vivre, que si nous sommes engagés nous-mêmes sur le chemin de la miséricorde. Que si nous orientons notre vie selon ces paroles de la Cantate qui nous acccompagne durant cette célébration: „ Mais mon Dieu me prendra alors tout paternellement dans ses bras; aussi n’ai-je qu’à le laisser agir.“ (Cant. 99)

La fête fédérale d’action de grâce de ce jour nous rappelle qu’une reconnaissance exprimée du bout des lèvres en ce seul jour de l’année ne suffit pas. Il faut agir concrètement. Nous devons régler nos pas sur l’amour infini de Dieu, dans la mesure de nos possibilités. Car le Père miséricordieux de la parabole de l’évangile n’attend-il pas avec un désir ardent le retour de son fils? Et le paralysé guéri, la femme accusée d’adultère, et d’autres encore n’ont-ils pas entendu la parole de Jésus: „Va et ne pèche plus.“ Et : „Ta foi t’a sauvé“?

Celui qui, par sa conversion, avance sur ce chemin de l’amour du Père, sera certainement un des chrétiens qui répond un Oui convaincu à la question posée dans notre lettre pastorale d’aujourd’hui: „N’est-ce pas notre devoir de nous mettre en quelque sorte à la recherche de ces personnes qui sont en recherche? de les aider à découvrir les traces du „Dieu de la vie“, de leur tendre une main secourable qui les accueille avec amour?“ (page 5)

Nous parlons ici de „créer de nouveaux espaces où puisse se vivre la foi.“ Et comme le plus important espace de la foi, nous citons la famille. „Là, par la vie chrétienne vécue ensemble et par la prière partagée, peut naître une véritable Eglise domestique.“ (page 7) Beaucoup de nos familles vivent une telle Eglise domestique, vivante – et en ce jour de „Fête fédérale d’action de grâce“, nous leur sommes très reconnaissants. Ces familles ont reconnu que l’éducation chrétienne et la création d’une Eglise domestique vivante ne commence pas avec l’entrée à l’école de leurs enfants, et ne peut être la tâche seule de l’enseignement religieux. Mais ces familles sont-elles suffisamment nombreuses? Et qu’en est-il de notre société en général?

Ainsi demeure finalement la parole du Christ chantée dans la cantate 98 de Bach: „Il dit en effet: Frappez et on vous ouvrira! C’est pourquoi lorsque nous nous trouvons dans les plus grands dangers, élevons aussitôt notre coeur vers Dieu seul!“ (Cantate 98)

Notre prière doit constamment soutenir cet effort. Alors seulement je puis faire mienne la recommandation de l’apôtre Paul: „J’insiste avant tout pour qu’on fasse des prières de demande, d’intercession et d’action de grâce pour tous les hommes, afin que nous puissions mener notre vie dans le calme et la sécurité, en hommes religieux et sérieux.“ (1 Tim 2, 1-2)

Que Dieu nous accorde, par cette prière instante, d’ouvrir notre coeur à Dieu; et que les portes de chaque personne dans la souffrance s’ouvrent de nouveau, car Dieu est tout particulièrement proche d’elles.

Amen.

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