Messe catholique-chrétienne

 

Curé Jean-Claude Mokry, paroisse catholique-chrétienne du Grand-Lancy, GE, le 22 août 2004
Lectures bibliques : Jérémie 14, 7-9; 1 Jean 3, 23-24; Marc 9, 14-27

Lors d’une rencontre pour la préparation du baptême, une famille évoquait récemment devant moi ces événements tragiques de l’actualité où le religieux est présent. Une personne disait notamment : « …toutes ces guerres, toutes ces violences ont leur origine dans les religions… ».

Est-ce vrai ou est-ce faux ? Certes les religions sont souvent mêlées à de nombreux conflits à travers le monde. Mais peut-on pour autant dire qu’elles en sont l’origine ? N’est-ce pas plutôt l’humain – l’humain par son extraordinaire capacité à faire autant le bien que le pire qui est en cause, « que l’on croit au ciel ou que l’on y croit pas », comme le disait le poète.

A chaque fois que surviennent aujourd’hui des violences, on veut connaître le ou les responsables. On enquête. On cherche des coupables qu’on arrive pas toujours à punir et à arrêter…Certains bénéficient même comme on dit pudiquement de « protections ».

Autant de situations insupportables face auxquelles on aurait envie de dire à Dieu comme le prophète Jérémie : « Ne nous lâche pas !  » « Ne nous ne lâche pas, Seigneur, devant l’adversité du monde, devant ces violences et ces horreurs ! Ne nous lâche non plus Seigneur face à nous-même, devant notre propre capacité d’être porteur de violences, dans notre propre famille, dans notre vie ordinaire, dans notre propre pays ».…

Je pense ce matin à cette foule remuée par la venue de Jésus. Que de foules sont aujourd’hui aussi remuées par la venue d’un homme, d’une femme. Je pense aux malades de Lourdes la semaine dernière qui accueillait le pape. Je pense aux foules en liesse d’Athènes qui sont, elles aussi, remuées par la victoire de tel ou tel athlète.

Dans cette foule dont parle l’évangéliste Marc, un homme est là avec son fils. Il a, nous dit le texte, un esprit muet. Un médecin d’aujourd’hui nous parlerait peut-être de crise d’épilepsie ou de convulsions. Or cet esprit, dit le père à Jésus, a souvent jeté son enfant dans le feu ou dans l’eau et rien n’a pu l’arrêter. Sa prière est celle de tout homme, de toute femme qui se tourne vers Dieu, en désespoir de cause : « Si tu peux quelque chose, viens à notre secours par pitié pour nous… »

Or la réponse de Jésus a de quoi nous surprendre. Il semble agacé par cette attitude dans laquelle perce le doute. Il dit à cet homme assez sèchement : « Si tu peux… Tout est possible à celui qui croit. »

Alors celui-ci clame sa foi. Mais il ne triche pas pour autant. Il affirme : « je crois », mais dans le même temps, il demande de « venir au secours de son manque de foi »…

Cette manière de croire est pleine de sincérité, de vérité. Comme pour chacun(e) de nous, cet homme a peut-être du mal à dire : « je crois ». Mais cependant il veut croire. Même si sa foi comporte encore bien des questionnements. Mais il veut croire surtout qu’à travers Jésus, c’est Dieu qui s’approche de son enfant malade et que celui-ci peut le sauver de cet esprit muet qui lui dévaste l’existence.

C’est la même foi qui fait dire au prophète Jérémie en s’adressant à Dieu : « Ne te comporte pas comme un étranger de passage », comme quelqu’un qui passe et qui ne reste pas chez nous, quelqu’un qui ne peut plus nous sauver. Le cri de Jérémie est celui de tant d’entre nous aujourd’hui encore : « Seigneur ne nous lâche pas ! » Il résonne avec l’appel de cet homme qui amène son enfant à Jésus pour le guérir : « Si tu peux faire quelque chose, viens à notre secours, par pitié pour nous… »

Ce matin, je pense à nous qui sommes réunis dans cette église catholique-chrétienne au Grand-Lancy près de Genève. Nous sommes-là dans la joie. Nous allons inaugurer tout à l’heure notre nouvelle salle de paroisse. Mais au fond de nos cœurs, quels sont nos cris vers Dieu… Je pense à celles et ceux qui nous écoutent : ceux qui sont malades comme cet enfant, ceux qui sont seuls et isolés chez eux, dans leurs foyers. Je pense à leurs cris vers Dieu, à leurs demandes de guérison, à leurs appels à Jésus…

Pourtant tout ne réside pas seulement dans cet appel. Le message de l’Evangile est aussi un appel pressent à nous aimer les uns les autres. Un appel à tenir sur le même plan la foi en Jésus et l’amour des autres et du monde.

Alors qu’on dit si souvent que les églises se vident, n’oublions pas que leur vocation première n’est pas d’abord d’être pleines comme des stades de football. Certes elles sont des lieux où se réunissent ceux qui croient en Christ. Mais leur vocation est d’être surtout des lieux où l’on aime les autres, où devrait se vivre normalement compassion et sollicitude.

Chaque personne qui prête attention aux paroles de Jésus devrait s’investir pour que ces lieux d’Eglises soient aujourd’hui des lieux où la foi s’articule naturellement avec l’amour des autres, « de ceux qui croient au ciel et de ceux qui n’y croient pas ».

Des lieux où les cris et les appels de nos vies puissent être criés à Dieu.

Mais aussi des lieux où chacun(e) puisse entendre cette Parole de Dieu qui continue de nous sauver des désarrois de la vie.

Une Parole qui peut aujourd’hui encore transformer tout notre être, et nous rendre capable d’être, à notre tour, des porteurs d’Evangile qui essaient de concilier dans leur vie croire et aimer. Car l’un ne va pas sans l’autre. Amen.

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