Chers amis, proches ou lointains,
Et vous chers malades à qui cette journée est spécialement consacrée,
où que nous soyons, l’évangile de ce dimanche nous est parvenu, magnifiquement introduit par la première lecture. Il se propose de nous emmener loin, très loin, en plein désert, désert de nos recherches et de nos doutes, sur les pas de notre ancêtre dans la foi, cet araméen vagabond, que le Christ va rejoindre pour orienter et donner un but à son errance et peut-être aussi la nôtre.
« Mon père était un araméen vagabond…
Jésus fut conduit par l’Esprit à travers le désert… »
Le désert, c’est d’abord des images de monotonie et d’absence répercutées par des milliers de dunes interminables. C’est une image de désolation qui isole et désoriente, synonyme de solitude, d’abandon, de danger, de mort peut-être ?
Et pourtant…
Et pourtant il suffit d’un Charles de Foucauld, d’un Antoine de Saint-Exupéry et de son petit prince, ou d’un Théodore Monod, appelé par ses intimes le « fou du désert », pour se rendre à l’évidence : le désert, c’est assurément autre chose pour ceux qui ont pris le risque de l’affronter : ils y ont découvert d’abord leur précarité et leur dépendance face à un univers qui reflétait une immensité et une permanence qui leur échappait. Ils ont dû y livrer un combat, corps à corps avec le vent, la chaleur, le froid, se protégeant du soleil ou contemplant les nuits constellées d’étoiles. Quelle aventure… le désert : comment ne pas s’y donner rendez-vous avec soi-même et toutes les ressources qui nous habitent ?
Désert : lieu d’absence ou de rencontre ? Apparition de tous les mirages ou naissance de toute réalité ?
Les trois tentations démasquent trois mirages auxquels Jésus vient opposer trois réponses lucides qui vont nous dévoiler le fond de toute réalité.
Premier mirage : « Assouvis tous tes désirs, immédiatement. Tu as faim : remplis-toi l’estomac, consomme. Et quand ton frigo sera vide, emplis-le à nouveau sans jamais t'arrêter. Il y a tant de publicités qui se proposent de répondre à tous nos besoins ! Mais pendant ce temps, ton cœur et celui de ton frère continuent à crier famine…
A cette tentation subtile : « A ces pierres ordonne de devenir du pain… », Jésus invite à une démarche totalement différente :
"Et ton cœur, ne ressemble-t-il pas souvent à ces pierres dures et indigestes ? Présente-le donc à ton Père des cieux pour qu'il devienne chair et nourriture pour tes frères qui ont faim comme toi de dignité, de justice et de respect.
Deuxième tentation qui est aussi un deuxième mirage : "Regarde tous ces royaumes, tous ces pouvoirs, toute cette gloire… tout cela est à ta portée, si tu te montres le plus fort, si tu te mets dans le camp des nantis de ce monde : gouverne à ta guise, pousse-toi en avant, écrase". Ton problème n’est pas celui des chômeurs, ni des femmes qui doivent travailler à bas prix pour élever leurs enfants. Tant mis pour les faibles et ceux qui n'ont pas de relations disposées à les défendre.
Face à ce mirage faisant miroiter le succès et la gloire,
Jésus invite à prendre un parcours totalement nouveau :
"Et si le seul pouvoir capable de ne pas s'autodétruire était celui d'un service et d'un partage équitable ? Bâtir une civilisation durable, c'est vouloir, par exemple, "civiliser l'argent", ne pas persister à être des sauvages de l'argent. Tel est l'excellente proposition de l'Action de Carême et de Pain pour le Prochain pour le carême 2001, et cela face à tous les forums d'ici ou d'ailleurs…
Troisième mirage : « Crée un Dieu à ta mesure, une sorte de superman, un assureur tout-risques. Pour que ta religion soit le top-niveau d’un service après-vente parfait, te donnant raison de croire ce que tu crois, tout en refoulant le scandale de la barbarie et de la souffrance des innocents. »
A cette tentation subtile : « Il donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder… ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre », Jésus suggère une autre réponse :
Toi qui es malade et que les forces de la vie ont abandonné, toi qui te retrouves âgé et dépendant des autres, toi aussi qui vis seul après avoir tout donné, prends courage et écoute la voix de Jésus qui vient dissiper cette troisième tentation, ce troisième mirage :
Mon frère, ma sœur, toi que je rejoins dans ta faiblesse et ta souffrance, prends la suite de cette imposante multitude de gens bénis de Dieu. Comme toi ils ont découvert que leur Père des cieux ne ressemblait aucunement à un bon Père tranquille,
Ils ont partout travaillé et lutté.
Souviens-toi de Jacob qui a dû se battre avec l'ange.
Souviens-toi des prophètes, ces porte-parole de Dieu qui ont dû se battre avec l'impossible de leur mission, rappelle-toi aussi le vieil homme Job confronté dans sa chair avec le mystère de la souffrance…
Même les apôtres, mes disciples, ont dû se battre en plein doute, eux qui avaient vécu plus que personne mon rayonnement de Fils de Dieu. Tout cela ne les a préservé ni des hésitations, ni des reniements !
Chers amis bien portants ou malades, nous voici bien ramenés dans le désert de nos choix, seuls souvent et devant puiser dans nos propres ressource. Ces déserts que nous traversons, ne sont-ils que solitude ou lieux de rencontre avec nous-même et avec un Dieu qui fait vivre ? Un Dieu qui chasse nos mirages en nous répétant la seule réalité :
"Envers et contre tout ce qui peut t'arriver, je t'aime".
Les trois tentations de Jésus nous provoquent à accepter la condition dans laquelle chacun de nous est placé :
"Dieu se montre suffisamment pour celui qui le cherche avec confiance mais pas suffisamment pour que ceux qui ne le cherchent pas soient obligés de croire et obligés de l'aimer".
Amen.