A VUE d'ESPRIT
du 31octobre au 4 novembre 2011 à 10.30h. Espace 2

L'écrit et le sacré

Une série proposée par Jacques Mouriquand

Les plus vieux textes connus sont des textes juridiques. Les premiers écrits ont pourtant très vite témoigné des préoccupations religieuses, dans des contextes où profane et sacré ne se différenciaient d’ailleurs pas.

De Sumer à Pékin en passant par Mexico, Jacques Mouriquand explore les genèses de l’écriture, nouvelles manières de penser et de croire.

L'apparition de l'écriture est un événement considérable de l'histoire du monde et semble commencer à Sumer, puisque c’est là que nous trouvons les plus vieilles traces d’une écriture dans l’histoire de l’humanité. Dans un contexte qui ne fait pas de distinction entre sacré et profane, ces premiers écrits reflètent aussi des questions religieuses.

 

L'écriture cunéiforme est issue du plus ancien système d'écriture connu, mis au point en basse Mésopotamie entre 3400 et 3200 avant J.-C. [Roger-Viollet/AFP]

Et si l’écriture fut inventée dans différents contextes culturels, historiques et religieux, elle apparaît partout dans un cadre urbain et autour d’un pouvoir établi. L’écriture, de par son pouvoir de nommer, de pouvoir donner naissance à des réalités tangibles ou non, sera le creuset idéal pour dire la force symbolique du divin, et aider l’homme à trouver sa place dans l’univers, le relier à une histoire.



Lien :
Coll., Les premières cités de la naissance à l’écriture, Paris : Actes Sud, 2011 


Lundi
Correspondance sumérienne

L’écriture n’est pas apparue dans l’histoire, elle a été inventée. La distinction est importante pour Jean-Jacques Glassner, directeur de recherche émérite au CNRS, assyriologue et spécialiste de l’écriture cunéiforme, plus ancienne écriture connue au monde à ce jour. Lui-même et ses confrères savent depuis une dizaine d’année que dans le dernier tiers du 4e millénaire avant notre ère, chez les Sumériens de Mésopotamie, l’homme a inventé un outil pour coucher son langage. Pourquoi à ce moment ? qu’est-ce qui a motivé cela ? Nul ne peut y répondre avec certitude. Toujours est-il que l’écriture devient une nouvelle manière de penser.

Liens :
Jean-Jacques Glassner sur le site des PUF
Jean-Jacques Glassner sur le site de la Maison de l’Archéologie et de l’ethnologie

Mardi
Des écrits et des dieux

« Le savoir en Mésopotamie mène à la vérité. Il est le fils de la révélation, laquelle exprime le rapport unique que l’érudit entretient avec la divinité. Il est donc tout naturellement lié à la piété. » Ce sont les propos de Jean-Jacques Glassner, assyriologue et spécialiste de l’écriture cunéiforme, directeur de recherche émérite au CNRS. Il rappelle ainsi que les sociétés où l’écriture fut inventée ne connaissaient pas le clivage sacré-profane qui caractérise nos sociétés occidentales aujourd’hui. C’est donc bien naturel que les premiers textes abordent des questions qui relèvent du religieux, dans un contexte où laïc et religieux,  hommes de pouvoir et hommes de piété ne font qu’un.

Mercredi
Le signe des dieux

L’écriture hiéroglyphiques, inventée autour de l’an 3'250 avant Jésus-Christ en Égypte, est l’une des écritures antiques les plus célèbres, sans être la plus vieille. Comme dans beaucoup d’autres contextes, son invention est motivée par une volonté du pouvoir en place de proclamer son pouvoir et sa vision du monde. En plus de ce pouvoir de nommer et d’ordonner, écrire permet de faire advenir ce qu’on écrit. Cette force performative de l’écriture se constate dans les plus anciens hiéroglyphes que l’on connaisse. Son intérêt est autant politique que religieux, dans un contexte ou les deux ne se différencient pas, où « graver le nom du roi, c’était le rendre immortel » Et  lorsque l’État pharaonique disparut suite à la conquête d’Alexandre le Grand, la religion pharaonique s’est maintenue, portée par l’écriture hiéroglyphique. Explications de Pascal Vernus, égyptologue et directeur d’études à l’École pratique des hautes études de Paris.

Lien :
Article Vernus, P.., La littérature de l’Égypte pharaonique sur le site Clio


Jeudi
Esquisses aztèques

Les écritures ont toutes une histoire avec un début, et certaines ont une fin. C’est le cas de l'écriture pictographique nahuatl des aztèques du Mexique, entre écriture et peinture, pictogramme, pictogramme et constructions phonétiques. En conquérant ces territoires, les Espagnols se sont attelés à détruire méthodiquement toute trace de cette écriture, accusée d’être diabolique. Aucun support original aztèque n’a survécu à cette funeste entreprise. C’est dans ce contexte que Marc Thouvenot tente de comprendre les fonctionnements et l’histoire de cette écriture. Directeur de recherche au CNRS, il peut s’appuyer sur les étonnants travaux du missionnaire franciscain espagnol du 16e siècle : Sahagún. Celui-ci compile en effet en langue aztèque quelques éléments de culture mexicaine, dans une perspective d’évangélisation des autochtones. Il se réfère pour cela à des vieillards ayant connu la culture indigène avant l’arrivée des conquistadors, et qui lui donnent des réponses sous forme de manuscrits pictographiques et de commentaires en nahuatl. Reste que l’entreprise est ardue, Marc Thouvenot qualifiant le travail de Sahagún comme une « non-découverte de l’écriture aztèque ».

Lien :
Article de Marc Thouvenot, Fray Bernardino de Sahagún et le Codex de Florence :
un exemple de non-découverte de l'écriture aztèque
 


Vendredi
L’univers en signes

L'écriture naît avec les premières cités, phénomène ancien, annonciateur du pouvoir, de la hiérarchie, de la complexité dans la société qui s'édifie. Elle sert au fond d’instrument pour ordonner tout cela, entre autres fonctions. C'est vrai aussi en Chine, comme l’explique le chercheur Olivier Venture, maître de conférence à l'École pratique des hautes études. Les sinogrammes sont eux aussi une manière d’exprimer l’ordre des choses et le sacré.

Liens :
Article d’Olivier Venture : Initiation à la civilisation chinoise ancienne, sur le site de l’EPHE 
Venture, O., Religion et société en Chine ancienne et médiévale, Paris : Le Cerf, 2009