A VUE d'ESPRIT
du 15 au 19 août 2011 à 13.30h. Espace 2

Jeunes, arabes et sécularisés

Une série proposée par Catherine Erard et Pierre-Yves Moret


Ils appartiennent à la génération qui est descendue dans les rues des villes pour réclamer plus de liberté dans ce qu’on a appelé « le printemps arabe ».

Jeunes et musulmans, ils ont toutefois pris une certaine distance d’avec la religion. Témoignages et expertises autour de cette génération musulmane sécularisée.

Les mouvements de protestation qui ont agité de nombreuses villes du monde arabe et qui ont entraîné des changements politiques majeurs – bien qu’encore indéterminés – en Tunisie et en Egypte, ont été largement portés par la jeune génération.

Cette génération constitue d’ailleurs une part toujours plus importante des sociétés concernées : les jeunes de moins de 25 ans représentent environ 50 % en moyenne de la population des pays arabo-musulmans. Lors des manifestations de ce que l’on appelle « le printemps arabe », les revendications de cette jeune génération étaient d’abord d’ordre social et économique, mais pas religieux.
A vue d’esprit s’intéresse toute cette semaine à ces jeunes arabes sécularisés. Nous leur donnons la parole ainsi qu’à des spécialistes des questions de la laïcité dans le monde arabe.

Liens :
- Langue, religion et sécularisation au Maghreb, par Mohamed Kerrou
- Comprendre le monde arabe par la démographie (Revue Esprit) 
- Association « Citoyens solidaires » 
- V. Geisser et E. Gobe, « Des fissures dans la « Maison Tunisie » ? Le régime de Ben Ali face aux mobilisations protestataires », article, Revue L’année du Maghreb 
- Farhad Khosrokhavar 
- F. Khosrokhavar, “Inside Jihadism: Understanding Jihadi Movements Worldwide”, Boulder-London: Paradigm Publishers, 2009
- F. Khosrokhavar et A. Nikpey, « Avoir vingt ans au pays des ayatollahs », Paris : Robert Laffont, 2009
- F. Khosrokhavar, « Le nouvel individu en Iran », article

- Divers articles en ligne de Farhad Khosrokhavar sur l’Iran 
- Institut für Islamwissenschaft und Neuere Orientalisch Philologie (UNIBE
- Jeunesses des sociétés arabes. Par delà les menaces et les promesses, par Mounia Bennani-Chraïbi 
- Article “Youth in Morocco: an Indicator of  a changing Society” de Mounia Bennani-Chraïbi, in “Alienation or Integration of Arab Youth. Between Family, State and Street”


Lundi
Une jeunesse tunisienne

Plusieurs jeunes Tunisiens expriment leur rapport à l’islam de leurs parents et leurs grand-parents. Ayant grandi dans un pays musulman largement laïcisé, ils ont vécu une jeunesse empreinte de liberté et relativement distante d’une pratique religieuse traditionnelle. Pourtant, nombre d’entre eux se sentent également appelés à suivre plus strictement à l’avenir les principes religieux de l’islam.

Mardi
Etre étudiant et se faire une religion

Les jeunes des pays arabo-musulmans qui expriment un rapport plus ou moins distant à la religion viennent d’horizons divers. Une bonne partie d’entre eux appartiennent à une classe moyenne éduquée, et sont étudiants. C’est le cas de Emad, jeune Égyptien de 25 ans, étudiant à Genève, qui témoigne de son parcours et de son positionnement religieux.

Le sociologue franco-iranien Fahrad Khosrokhavar explique ensuite comment s’est construite la laïcité dans le monde arabe, notamment pour ce qui concerne l’Égypte.

Mercredi
Croire librement dans l'Iran des mollahs

L'Iran apparaît souvent comme le sommet d’une société musulmane religieuse dans toutes ses composantes. Pourtant, la réalité est à la fois plus complexe et plurielle. Le sociologue Fahrad Khosrokhavar rappelle à quel point l’histoire de l’Iran est marquée par la sécularisation. Si le régime du Shah l’a fait progresser d’une part, le radicalisme des chefs religieux de la République islamique instaurée après la révolution de 1979 a paradoxalement eu le même effet au sein d’une partie de la population. Trois jeunes Iraniens, étudiants à l’EPFL, témoignent de leur manière de vivre l’islam


Jeudi
Lire la sécularisation arabe depuis l'occident

L'idée même de sécularisation relève d’une approche et d’une histoire occidentale. Pour comprendre les spécificités d’une sécularisation telle que vécue dans le monde arabe, Reinahrd Schulze, directeur des Etudes islamiques à l’Université de Berne, rappelle l’origine et le sens premier de ce concept. Il relève également que nous avons tendance à lire les réalités des sociétés arabes sous l’unique prisme religieux de l’islam, et souligne le rôle de la jeune génération dans ces sociétés.

Vendredi
Quelle sécularisation pour quelle jeunesse ?


Parler de la jeunesse sécularisée des pays du Maghreb et du monde arabe pose plusieurs problèmes de fond. Cette jeunesse n’est premièrement pas uniforme, mais composée de différentes tranches socioculturelles, et qui est tour à tour vue comme une promesse ou une menace. De plus, s’il se manifeste particulièrement chez les jeunes, le mouvement de sécularisation de ces sociétés ne s’initie pas simplement avec une génération donnée, il concerne bel et bien la société dans son ensemble. Analyse et expertise de Mounia Bennani Chraïbi, sociologue du politique, professeur à l’Institut d’études politiques et internationales à l’Université de Lausanne. Elle est co-auteur de l’étude « Jeunesse des sociétés arabes – par delà les promesses et les menaces ».

Elle met en garde contre la tentation de lire trop simplement les questions de la sécularisation dans la jeunesse arabe, ainsi que sur l’idée que les femmes de ces sociétés auraient plus de difficultés que les hommes à s’émanciper des traditions religieuses.