A VUE d'ESPRIT
du 10 au 14 janvier 2011 à 10.30h. Espace 2

Haïti, terre des prophètes

Une série proposée par Arnaud Robert

L'histoire tragique et mouvementée d'Haïti a donné naissance à de nombreuses prophéties, entre annonces de malédiction et promesses de rédemption.

Une année après le séisme qui a ravagé Port-au-Prince, À vue d'esprit vous propose des reportages et interviews qu'Arnaud Robert et Ian Jacquier ont menés sur place.
  Le gardien du cimetière de Port-au-Prince -
Arnaud Robert [RTS]

Le 12 janvier 2010, Haïti était secoué pas un séisme qui fit 250 000 morts et autant de blessés. Une année plus tard, la situation reste dramatique sur place. Plus d’un million de personnes vivent encore sous des tentes, exposées au choléra et autres difficultés. L’État, détruit et désorganisé, n’offre que peu de soutien pour combattre la misère quotidienne et redonner du sens et de l’élan à la reconstruction. Un contexte qui présente la religion comme le terrain de refuge idéal, et qui fait le succès des messages de rédemption, teintés à la fois d’espérance et de culpabilité, portés par les milieux chrétiens. Car les prédicateurs protestants en particulier, très actifs et nourris à l’évangélisme radical américain, soulignent la malédiction qui pèserait sur Haïti, coupable d’avoir pactisé avec le diable et responsable par conséquent de ses propres malheurs. En ligne de mire : le vaudou, dont de nombreux prêtres ont été lynchés et tués ces derniers mois. Le succès des églises chrétiennes repose pourtant sur une conception miraculeuse de la foi qui ne paraît pas si étrangère aux pratiques des vaudouisants.

Arnaud Robert et Ian Jacquier se sont rendus en Haïti il y a quelques semaines. Ils ont pu interviewer le sociologue Laënnec Hurbon, le grand prêtre vaudou Max Beauvoir, le premier ministre Jean-Max Bellerive, l’ethnologue Jean-Yves Blot, le géographe Jean-Marie Theodat, le peintre Préfète Duffaut, et de nombreux Haïtiens. On y prend le pouls des battements religieux de l'île, de la fête des Morts aux croisades évangéliques de missionnaires américains et leurs annonces de miracles. Au croisement de ces différentes ressources identitaires, la vie des Haïtiens se voit tiraillée entre l'histoire religieuse de l'île et les enjeux plus individuels, empreints tour à tour de l'espoir de libération existentielle et d'identification collective.

Arnaud Robert et Ian Jacquier présentent leur documentaire « Bondye bon » (Dieu est bon) sur TSR1 dans le magazine Dieu sait quoi le dimanche 16 janvier à 10h

Liens :
Site du film « Bondye Bon »
Le magazine Dieu sait quoi sur TSR1

Lundi
Tremblement et stupeur

Haïti est un pays très mystique. A la suite du séisme du 12 janvier 2010, des milliers de personnes sont sorties dans les rues pour annoncer qui la fin du monde, qui l’annonce d’une rédemption divine. La force de la dimension spirituelle en Haïti remonte à ses origines, notamment la cérémonie de Bois-Caïman, acte fondateur du mouvement d’esclaves qui se sont élevés contre l’occupant français. Cette cérémonie vaudoue serait coupable d’une complicité d’Haïti avec le mal. La stigmatisation du vaudou et les soupçons qui pèsent sur ses adeptes n’épargnent pas non plus l’Église catholique, accusée de s’être compromise avec ce culte.

Avec le sociologue Laënnec Hurbon, le grand prêtre vaudou Max Beauvoir, l’évêque Lafontant et le pasteur Chavannes Jeune, ancien candidat à la présidence du pays.

Laënnec Hurbon sur Bibliomonde


Mardi
La pomme de discorde

Le vaudou, supposé coupable des maux d’Haïti, est particulièrement pointé du doigt par les milieux évangéliques en Haïti. Ceux-ci, influencés par des missionnaires américains, organisent de véritables croisades pour en appeler à la fin du vaudou, objet de tous les fantasmes. De plus en plus mis au ban, il reste pourtant d’abord, aux yeux de nombreux Haïtiens, le ciment de toute leur culture et leur histoire. Le christianisme est, de ce point de vue-là, considéré comme une religion d’importation, celle des descendants des anciens colons.

Avec Gregory Schadt, juif messianique, le prêtre vaudou Max Beauvoir, Alex Louis, membre d’une société secrète vaudoue, et le géographe Jean-Marie Théodat.

Jean-Marie Théodat sur Bibliomonde

Mercredi
La fête des morts

Une année jour pour jour après le séisme qui a ravagé Port-au-Prince, Arnaud Robert et Ian Jacquier nous proposent de revenir sur la fête des morts, qui s’est tenue les 1er et 2 novembre derniers. Cette fête, très importante en Haïti, est autant célébrée par les vaudouisants que par les catholiques. Les enjeux étaient grands pour ces deux communautés, toutes deux affaiblies par le séisme. Elle représentait d’autre part pour les prédicateurs protestants une plate-forme idéale pour prophétiser le renouveau.


Jeudi
Haïti, terre de mission

Chaque jour, les avions qui atterrissent à Port-au-Prince débarquent des missionnaires étrangers. La catastrophe du 12 janvier 2010 a effectivement représenté une grande opportunité de mission. C’est particulièrement le cas pour les évangéliques américains, tout proches. Les prédicateurs organisent de véritables croisades sur place, avec des célébrations entre « show rock » et cérémonies de délivrance. L’Église catholique, durement touchée dans ses effectifs et son patrimoine lors du séisme, essaie de se repositionner devant l’efficacité des protestants. Elle développe donc également tout un mouvement charismatique.

Avec l’évêque Patrick Mokébé, pasteur nigérian, le sociologue Laënnec Hurbon, un aviateur convoyeur de missionnaires et sœur Claire Ly, de l’Église catholique.


Vendredi
La chasse aux miracles


Après le séisme du 12 janvier 2010, la religion a rapidement constitué un champ de refuge pour les Haïtiens, tout s’étant effondré. Les promesses de rédemption des milieux chrétiens, évangéliques en particulier, se sont appuyées sur une stigmatisation du vaudou, accusé d’être coupable des malheurs du pays. Pourtant, dans l’histoire haïtienne, il y a toujours eu une grande mobilité entre les pratiques religieuses, on pouvait être chrétien et adepte du vaudou. Mais depuis le séisme, les positions se radicalisent, avec une obsession pour la figure messianique et pour la notion de miracle.

Avec Jean-Max Bellerive, premier ministre haïtien, Lolo, chanteur populaire et adepte du vaudou, Frantz Duval, rédacteur du quotidien haïtien Le Nouvelliste, le géographe Jean-Marie Theodat, et le célèbre peintre Préfète Duffaut.


Jean-Max Bellrive, sur le site de l’ambassade d’Haïti à Washington DC
Site de Le Nouvelliste
Boukman Eksperyans, le groupe de Lolo
Préfète Duffaut sur Wikipedia (anglais)