A l’extérieur d’Haïti comme en son sein, le sentiment d’une faute commise, que le tremblement de terre sanctionne, s’est largement diffusé. Laccusation du pasteur américain Pat Robertson, qui mettait en parallèle la pratique du culte vodou et la catastrophe naturelle, a connu quelque retentissement dans un pays encore divisé entre des racines africaines et européennes.
Cyril Dépraz et Arnaud Robert ont rencontré en Haïti des acteurs du protestantisme, du catholicisme et du vodou. Ils sont allés voir dans les lieux de culte, parfois informels, qui jalonnent une capitale encore en état d’urgence.
Face au pasteur évangélique Chavannes Jeune, par ailleurs candidat aux élections présidentielles, ils ont voulu comprendre comment les cultes protestants ne cessent de conquérir du terrain depuis les années 50, en Haïti. Et de quel ressort relève la rivalité historique vis-à-vis de la religion vodou.
Avec le houngan Max Beauvoir, il s’agit de saisir de quelle manière un prêtre vodou prend distance avec l’interprétation métaphysique du séisme. Et en compagnie du sociologue Laënnec Hurbon, c’est la permanence des antagonismes mais aussi la complémentarité fondamentale des trois pratiques qui surgissent.
Entre ce nouveau marché des humanitaires pieux, cette guerre larvée qui oppose les différents visages de l’identité haïtienne et une espèce de nomadisme de la foi qui caractérise depuis deux siècles le peuple caraïbe, "Hautes Fréquences" part à la rencontre d’un peuple qui oscille entre le sentiment d’être élu ou maudit.