HAUTES FREQUENCES
9 mars 2008 à 20 h. La Première

Déchirures nigérianes

Le torchons brûle entre chrétiens et musulmans dans le nord du pays.

Pogroms, pillages, destructions d'églises : la situation est tendue dans les provinces qui ont introduit la charia.


Le 28 septembre 2007 vers 9h, la violence éclate à Toudoun Wada, un gros village dans l'Etat de Kano, au nord du Nigeria. En l'espace d'une journée, une foule en colère détruit huit églises, incendie une vingtaine de maisons et de commerces, installe des barricades et s'en prend aux membres de la minorité chrétienne. Bilan : trois morts et des dizaines de blessés. Une caricature du Prophète Mohammed, découverte dans une mosquée du lieu, et dont certains sont sûrs qu'elle a été faite par des enfants chrétiens, serait à l'origine de cette bouffée de violence.

Vitus Ahams est chrétien de la minorité ibo ; il a 40 ans et deux enfants. Jusqu'au 28 septembre, il possédait une maison et deux magasins à Toudoun Wada. Aujourd'hui, il ne peut que montrer les ruines de sa maison. L'accès aux restes de son magasin lui est interdit. Menacé de mort durant les événements, il vit toujours dans le village. La peur au ventre.

Cyril Dépraz et Ilia Djadi se sont rendus récemment à Toudoun Wada où ils ont rencontré Vitus Ahams. Ils ont aussi parcouru les états du nord nigérian pour se faire une idée de la cohabitation entre les communautés ethniques et religieuses. Une cohabitation qui se passe plutôt mal : douze états à majorité haoussa et musulmane ont introduit la charia et de nombreux pogroms ont éclaté contre la minorité chrétienne.

Cette enquête risquée, dans ce pays où chrétiens et musulmans constituent chacun environ la moitié des quelque 140 millions d'habitants, a conduit les deux journalistes à assister à la destruction d'une église de l' « Evangelical Church of West Africa » à Kano, la mégapole du nord du Nigeria.


Dr Meddeb au chevet de l'islam

 

Pour Abdelwahab Meddeb, l'islam souffre de l'image et des travers de l'islamisme.

Dans son dernier ouvrage, l'auteur franco-tunisien propose des voies de guérison, qu'il tire du sein même de l'islam.

Abdelwahab Meddeb. [J.Foley, de l'agence Opale/éditions du seuil]

Intitulé Sortir de la malédiction, le livre fait appel à ce qu'il appelle les « pensées de l'écart », que la tradition musulmane a toujours connu. Abdelwahab Meddeb plaide pour le « devoir de séparation », à savoir la nécessité pour l'islam de s'autoriser une lecture critique du Coran. Partant, il invite à « abroger le jihad », reconnaître « l'altérité des femmes » et s'ouvrir à la « vérité de l'étranger ».

Pierre-Yves Moret a rencontré cette voix à contre-courant, qui n'en est pas à son coup d'essai, et dont les idées suscitent le débat. Certains le voient comme porteur d'une pensée stimulante et courageuse. D'autres dénoncent un polémiste acquis à la seule cause de l'Occident. Avant de proposer ce « traité de guérison », Abdelwahab Meddeb avait publié La maladie de l'islam en 2002, suite aux attentats du 11 septembre 2001, et Contre-prêches en 2007, inspiré des chroniques hebdomadaires de l'auteur diffusées par Radio Méditerranée Internationale - Medi 1.

Abdelwahab Meddeb anime et produit également l'émission hebdomadaire Cultures d'islam sur France Culture depuis une dizaine d'années.