HAUTES FREQUENCES dimanche 24 septembre 2006 à 20 h. La Première
| Hors de l'Eglise catholique point de raison ? |
|
Rarement cours de philosophie aura déchaîné autant de passions. Protestations officielles de pays musulmans, prises de position indignées d’organisations islamiques, manifestations : la leçon donnée le 12 septembre à l’Université de Ratisbonne par le pape Benoît XVI continue de faire des vagues. Au point que le souverain pontife a dû s’expliquer lui-même et à plusieurs reprises sur le sujet.
Une tempête née de la citation d’une phrase qu’un empereur byzantin a adressée à un érudit persan : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l'épée la foi qu'il prêchait. »
Une phrase qui vaut son pesant de dynamite mais qui cache, en fait, d’autres points tout aussi polémiques présents dans le discours de Benoît XVI. Car à Ratisbonne le pape s’est livré à un exercice de publicité comparative : en résumé, le christianisme est une religion raisonnable alors que l’islam ne l’est pas. Un postulat dont le pape conclut que le musulman peut en venir à des dérives violentes contre lesquelles le chrétien serait, par essence, immunisé.
Un exercice de théologie comparative qui n’est cependant, à vue de pape, que la conséquence d’un fait beaucoup plus fondamental : la Raison et la foi chrétienne sont indissociables. Sans la pensée grecque le Logos pas de véritable foi chrétienne. Et à ce titre, selon Benoît XVI, les Protestants, de même que Kant et les théologiens catholiques libéraux des XIXe et XXe siècle, ont commis une erreur en « deshellénisant » le christianisme, en l’émancipant de la tradition philosophique grecque.
Alors, quels sont les enjeux de cette leçon du pape philosophe? S’agit-il d’une erreur ou du fond de la pensée de Benoît XVI? Un discours de mauvaise augure avant son voyage en Turquie?
Hautes Fréquences revient sur quelques aspects de ce « monde selon Benoît XVI » en compagnie de Nicole Pope en Turquie et de Laurent Morino à Rome. Nous entendrons les réactions de l’évêque catholique d’Istanbul, Mgr Pelâtre, ainsi que du pasteur Martin Burkhard, président du comité de la Maison de l’Arzillier (Lausanne), engagé dans le dialogue interreligieux dans le canton de Vaud, de l'islamologue français Bruno Etienne et de Christoph Theobald, professeur de théologie dogmatique à la Faculté jésuite de Paris, sensible à la question de l’acculturation, son auditoire étant largement composé d’étudiants étrangers.
Et puis, comme ce discours fait débat au sein même de l’Eglise catholique, nous mettrons en débat François-Xavier Putallaz, professeur de philosophie au collège de Sion, et Edmond Gschwend, prêtre genevois. Un dossier élaboré par Catherine Erard et Fabien Hünenberger.
- François-Xavier Putallaz, Nicolas Buttet et Pascal Décaillet, "Coups de griffe", Chroniques des temps qui courent, Saint-Augustin 2006.
- Duns Scot, Traité du premier principe, trad. et introduction de François-Xavier Putallaz et al., Vrin, Paris, 2001. |
|