Messe du 3e dimanche de l’Avent


Chanoine Claude Ducarroz, institut Ste-Ursule, Fribourg, le 11 décembre 2011
Lectures bibliques : Isaïe, 61, 1-2, 10-11; 1 Thessaloniciens 5, 16-24; Jean 1, 6-8, 19-28 – Année B

 

Tiens, le revoilà. Revoilà Jean-Baptiste. Il était entré dans la liturgie de dimanche dernier par la porte de Marc. Le voilà qui revient par la porte de Jean, l’incontournable Jean-Baptiste.
C’est qu’il n’est pas n’importe qui, ce prédicateur vêtu de poils de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins et son menu quotidien de sauterelles et de miel sauvage.

 
Pas n’importe qui, selon ce que Jésus lui-même a dit de lui : « Plus qu’un prophète » (Lc 7,26), le plus grand parmi ceux qui sont nés d’une femme (Cf. Mt 11,11), « l’ami de l’époux » (Jn 3,29). Un grand monsieur de l’Evangile puisqu’il fut « envoyé par Dieu pour rendre témoignage à la Lumière afin que tous croient par lui » (Jn 1,6-7).

Et pourtant aujourd’hui, à l’écouter lui-même en personne, il ne veut surtout pas qu’on le prenne pour un autre. Il est d’abord l’homme des « non ». Ni le Messie, ni Elie, ni le grand prophète. S’il vous plaît : pas de malentendu à son sujet !

Une petite phrase explique à la fois cette touchante humilité et son immense autorité : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. » Jean-Baptiste, c’est l’homme qui n’existe que par et pour un autre qui est plus grand que lui. Il se fait tout petit devant lui puisqu’il « n’est même pas digne de défaire la courroie de sa sandale. » Mais il est  pourtant utile et même nécessaire parce qu’il doit aplanir les chemins devant lui et rendre témoignage à la Lumière venue chez les siens. Tel est le rôle de ce précurseur : ouvrir la route qui mène au Christ, le désigner aux yeux de celles et ceux qui attendaient le Messie et s’effacer devant lui. Car il faut, pour que Jésus grandisse, que son précurseur diminue, jusqu’à conduire ses disciples au seul vrai maître, jusqu’au martyre même. C’est bel et bien ce qu’a fait Jean-Baptiste, le grand témoin de Jésus le Christ.

Comment ne pas reconnaître dans cette figure exceptionnelle, mise en évidence durant ce temps de l’Avent, la mission de l’Eglise, aujourd’hui encore ? On cherche des Jean-Baptiste pour notre temps, et pourquoi ne serait-ce pas toi, moi, nous ?
Après deux mille ans d’évangélisation et de témoignage, Jésus n’est-il pas encore, et même de plus en plus chez nous, ce quelqu’un qui est au milieu de nous et que nous ne connaissons pas, le plus souvent parce que nous l’avons oublié ?
Il se tient là, certes, avec sa parole en écho par l’Eglise dans le brouhaha du monde. Il est bien au milieu de nous avec les signes de sa présence grâce aux sacrements. Discret jusqu’au silence, il palpite pourtant au cœur de celles et ceux qui, à commencer par les pauvres et les malheureux, attendent un geste de solidarité pour se sentir et se savoir aimés par l’Amour majuscule. Depuis le matin de Pâques et grâce à l’Esprit de Pentecôte, le Seigneur Jésus marche sur les sentiers de notre humanité comme un divin passant qui frappe délicatement aux portes de nos consciences et de nos cœurs, en espérance d’invitation et d’ouverture pour partager son repas de fête avec nous, chez nous.

Jésus ne manque jamais. Mais peut-être les Jean-Baptiste manquent-ils aujourd’hui. Il est temps que l’Eglise – je veux dire tous les chrétiens, et donc chacun de nous – retrouve le dynamisme de Jean-Baptiste qui accomplit sa mission en toute humilité certes, mais aussi avec un engagement total, jusqu’au don de sa vie pour Jésus, lui  le chemin, la vérité et la vie. 

Noël approche. Malgré la crise, qui devrait pourtant nous faire réfléchir et nous ramener à des valeurs plus humaines, nous voyons que s’étale le matérialisme d’une société obsédée par le profit et les plaisirs égoïstes, tandis qu’ailleurs, dans le village mondial d’à côté, des hommes, des femmes, des enfants crèvent de misère jusqu’à mourir de faim, de solitude, de désespoir.

Que dirait Jean-Baptiste dans ce contexte ? Où sont les Jean-Baptiste d’aujourd’hui ? C’est à l’Eglise, aux Eglises, de relever le défi. C’est à nous, les envoyés de Dieu par le baptême dans l’Esprit, de devenir ou redevenir témoins de celui qui se tient  anonyme au milieu de nous, le Sauveur du monde.
Il est la Parole. Il a besoin de porte-parole qui proclament son Evangile comme une bonne nouvelle de libération. Il est le Pain et le Vin à partager dans la foi. Il attend de nous que nous soyons certes des célébrants de l’eucharistie, mais d’abord des invitants chaleureux à la table où il se donne encore pour la multitude. Il est l’ami des pauvres, des petits, des pécheurs. Il compte sur nous pour démontrer à nos contemporains que la joie consiste en la simplicité de vie, en la satisfaction d’être solidaires et miséricordieux, dans le bonheur d’être ensemble, notamment à Noël, plutôt que dans l’illusion d’avoir beaucoup, et si possible plus que les autres.

Jean-Baptiste : le précurseur du Messie Jésus, mais aussi le précurseur de l’Eglise, l’indicateur de sa mission, l’incitateur à mettre en pratique l’Evangile, le prophète du renouveau de nos communautés chrétiennes.
Tout cela s’est passé à Béthanie de Transjordanie, là où Jean baptisait.
Tout cela peut se passer aujourd’hui, là où nous vivons, en Eglise d’Avent, parce que nous sommes les Jean-Baptiste de notre temps.
    

 

 

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